Les prochaines élections législatives se dérouleront dans un contexte inédit. Si les précédents scrutins avaient déjà été marqués par l’essor des réseaux sociaux, celui du 23 septembre 2026 sera le premier à être organisé à l’ère de l’intelligence artificielle générative. Consciente des nouveaux risques qui pèsent sur la qualité de l’information, la Haute autorité de la communication audiovisuelle (HACA) a adopté un dispositif de régulation qui introduit, pour la première fois, des dispositions visant les contenus électoraux falsifiés ou générés par IA susceptibles de tromper le public.
La décision de la HACA ne se limite pas à rappeler les principes de pluralisme, d’équité et de neutralité qui encadrent traditionnellement la couverture médiatique des élections. Elle traduit surtout une prise de conscience face aux nouvelles formes de manipulation de l’information rendues possibles par les technologies d’intelligence artificielle. Le texte interdit ainsi la diffusion de contenus électoraux falsifiés ou générés par IA lorsqu’ils sont susceptibles d’induire les électeurs en erreur ou de porter atteinte à l’intégrité du débat démocratique.
Les contenus produits grâce à l’IA à des fins pédagogiques ou explicatives restent autorisés, mais devront être accompagnés d’une mention claire signalant leur caractère artificiel. Cette mesure s’inscrit dans un dispositif plus large qui couvrira les 39 jours de la période électorale, du 15 août au 22 septembre 2026. La HACA y renforce également les obligations des médias audiovisuels en matière de neutralité éditoriale, de transparence, de lutte contre la désinformation et d’encadrement des interventions des candidats, des journalistes et des experts.
L’IA, un nouveau défi pour les scrutins
L’année 2024, qualifiée de plus grande année électorale de l’histoire, a vu plus de 4 milliards d’électeurs appelés aux urnes dans plus de 70 pays. Cette succession de scrutins a constitué un véritable test pour les autorités chargées de préserver l’intégrité de l’information.
Au fil des campagnes, plusieurs contenus générés par intelligence artificielle (vidéos, images ou enregistrements audio) ont circulé sur les réseaux sociaux, alimentant les inquiétudes quant à leur capacité à influencer le débat public.
Même lorsque leur impact électoral reste difficile à mesurer, ces contenus contribuent à brouiller les repères des citoyens et à fragiliser la confiance accordée aux informations diffusées. Pour Henry Ajder, spécialiste mondial des médias synthétiques et conseiller auprès de plusieurs organisations internationales, le sujet ne relève plus de la prospective. «La question n’est plus de savoir si des deepfakes seront utilisés à des fins malveillantes, mais dans quelle mesure ils seront capables d’influencer l’opinion publique et les résultats des élections», estime-t-il.
Les réseaux sociaux, l’autre champ de bataille
La décision de la HACA s’applique aux opérateurs de radio et de télévision. Pourtant, une part importante de la campagne se jouera également sur les plateformes numériques. Selon le Reuters Institute Digital News Report 2025, 78% des Marocains s’informent en ligne, principalement via les réseaux sociaux et les applications de messagerie. YouTube est utilisé comme source d’information par 49% des répondants, devant Facebook (47%), Instagram (32%), les groupes WhatsApp (30%) et TikTok (24%).
Dans ce contexte, Facebook, TikTok, Instagram, YouTube, X ou encore WhatsApp sont devenus des espaces privilégiés de diffusion des contenus politiques. La rapidité de circulation des publications, leur viralité et la facilité avec laquelle elles peuvent être modifiées ou sorties de leur contexte compliquent considérablement les opérations de vérification.
Selon Ajder, la réponse ne peut d’ailleurs pas reposer uniquement sur la détection des faux contenus. Commentant les initiatives développées à l’approche des grands scrutins, il souligne que «les technologies de certification des contenus constituent une piste essentielle». Selon lui, les systèmes permettant de sécuriser les métadonnées des communications électorales offrent davantage de transparence et créent des canaux d’information fiables pour les électeurs».
Cette réflexion rejoint, en partie, la démarche engagée par la HACA. Au-delà de l’interdiction des contenus trompeurs générés par IA, le régulateur entend renforcer les conditions d’un débat public fondé sur une information fiable, équilibrée et clairement identifiable.