Au Ghana, le président John Dramani Mahama a officiellement donné le 31 janvier le coup d’envoi du projet « Shea Park Resource Hub », un pôle industriel localisé à Wa dans la région du Haut-Ghana occidental. Ce complexe prévoit des unités de transformation modernes, mais aussi des laboratoires de contrôle qualité, des centres de formation et de renforcement des capacités, ainsi que des infrastructures logistiques et de stockage.
Les installations intégreront également des systèmes de traitement et de recyclage d’eau, des incubateurs d’entreprises et des facilités d’exportation. Selon les autorités, ce pôle dont le coût n’a pas été révélé, devrait permettre, une fois à pleine maturité, d’autonomiser plus de 7 000 femmes dans la région et de créer des milliers d’emplois pour les jeunes.
Une volonté publique affichée
Ce projet est le dernier signe en date de la volonté du gouvernement de faire du karité un levier de développement industriel et social, en améliorant la valeur ajoutée créée par la filière. Si le Ghana est le 5e producteur mondial de cette matière première derrière le Nigeria, le Mali, le Burkina Faso et le Bénin, les exportations de noix brutes représentent encore près de 75 % de ses ventes, contre seulement 18 % pour le beurre de karité et 5 % pour l’huile, selon la Bourse des matières premières du Ghana (GCX).
Avec un développement accru de la transformation, les autorités espèrent générer plus d’emplois et capter une meilleure part d’un marché mondial du beurre de karité en pleine croissance, porté par la demande intense de l’industrie cosmétique et alimentaire. En effet, ce produit est utilisé comme alternative moins coûteuse dans le chocolat et la confiserie grâce à son point de fusion plus élevé qui le rend plus stable à haute température. La réglementation européenne autorise notamment l’ajout de jusqu’à 5 % de matières grasses végétales dans les formulations de chocolat commercialisées.
Selon Grand View Research, la taille du marché mondial du beurre de karité était estimée à 2,41 milliards USD (environ 2 milliards d’euros) en 2024, avec une croissance annuelle moyenne de 7,9 %, pour atteindre 3,74 milliards USD (environ 3,2 milliards d’euros) en 2030. Dans l’ex-Gold Coast, plusieurs initiatives sont déjà à l’œuvre pour tirer profit de ce potentiel. Au-delà du Shea Park, il faut rappeler le lancement en 2025 de la réhabilitation d’un site industriel basé à Buipe dans le nord du pays, et doté d’une capacité de traitement de 180 000 tonnes par an.
En outre, les autorités avaient annoncé en juillet 2025 la mobilisation de 4 millions d’euros avec l’appui de la Banque africaine de développement (BAD), afin de relancer les activités de PBC Shea Limited, l’un des principaux transformateurs du pays. Dotée d’une capacité de traitement pouvant atteindre 150 000 tonnes de noix par an, l’entreprise, à l’arrêt depuis 2019, faute de financements, a finalement repris ses activités en septembre 2025.
Une dynamique régionale
L’impulsion donnée par les autorités ghanéennes à la transformation locale des noix de karité s’inscrit dans un mouvement régional plus large, marqué par la volonté croissante de plusieurs pays ouest-africains de limiter l’exportation de noix à l’état brut. Depuis 2024, le Burkina Faso, le Mali, la Côte d’Ivoire et le Togo ont déjà mis en place des restrictions sur les expéditions de la matière première. Au Ghana, cette orientation s’est également traduite par l’annonce, en juillet 2025, d’une suspension progressive des exportations de noix non transformées dès 2026.
L’objectif affiché est double : sécuriser l’approvisionnement des unités industrielles locales et créer un cadre plus attractif pour les investissements dans la transformation à valeur ajoutée. Le pays accueille déjà depuis la plus grande usine de transformation de karité du continent africain. Basée à Tema et construite par Bunge Loders Croklaan (BLC), filiale du négociant américain Bunge spécialisée dans les oléagineux et les graisses, l’usine transforme en oléine et en stéarine le beurre de karité.