À l’occasion de la Cabo Verde Ocean Week tenue cette semaine à Mindelo (Cap-Vert), l’Union européenne et ses partenaires ont procédé au lancement officiel du West Africa Sustainable Ocean Programme (WASOP). Ce programme doté d’un financement de 59 millions d’euros vise à accompagner la gestion durable des ressources océaniques dans 13 pays côtiers d’Afrique de l’Ouest. Il s’inscrit dans un contexte où les pays africains s’efforcent de mettre en place des cadres réglementaires et des projets pour saisir des opportunités évaluées par le Dr Matthias Naab, Directeur du Centre de service régional Afrique du PNUD, à 405 milliards USD (environ 350 milliards d’euros) et 57 millions d’emplois sur le continent d’ici 2030.
Débuté en 2024 pour une durée de cinq ans, le WASOP couvre le Cap-Vert, la Mauritanie, le Sénégal, la Gambie, la Guinée, la Guinée-Bissau, le Liberia, la Sierra Leone, la Côte d’Ivoire, le Bénin, le Ghana, le Togo et le Nigeria. Selon l’UE, il doit soutenir la mise en place d’une « gestion intégrée et durable des ressources marines et côtières en Afrique de l’Ouest, tout en promouvant une croissance économique inclusive et compétitive ». La stratégie mise en œuvre repose sur 3 piliers, à savoir le renforcement de la gouvernance des océans, le développement d’une économie bleue durable et inclusive, et une meilleure préservation des écosystèmes marins et côtiers.
Le soutien à l’économie bleue occupe une place centrale dans le programme. Mis en œuvre par Expertise France, ce pilier s’appuie notamment sur une facilité d’assistance technique au profit des institutions publiques et privées de la région, ainsi que sur le financement d’actions pilotes dans l’économie bleue durable. Un appel à propositions de projets à hauteur de 10 millions d’euros est aussi prévu pour des initiatives locales ayant un fort potentiel de réplication, et susceptibles de mobiliser des financements complémentaires, notamment du secteur privé.
Un potentiel à concrétiser
Le programme de l’Union européenne survient à un moment où l’économie bleue apparaît de plus en plus comme un levier de croissance pour l’Afrique. Le continent dispose de 47 000 km de côtes, de vastes zones économiques exclusives et d’importantes ressources halieutiques, énergétiques et touristiques. Selon l’Union africaine, l’économie bleue générait déjà près de 300 milliards USD (260 milliards €) pour le continent en 2019, avec à la clé environ 50 000 emplois créés. Dans l’espace CEDEAO, 55 % du PIB provient actuellement d’activités liées à l’océan.
Ce potentiel reste toutefois fragilisé par des défis communs à l’ensemble de la façade ouest-africaine, en l’occurrence la pollution marine, l’érosion côtière, la montée des eaux et la perte d’habitats critiques tels que les mangroves. Dans certains pays comme le Togo et le Bénin, le recul du littoral atteint jusqu’à 2 mètres par an, explique Elly Baroudy, responsable à la Banque mondiale du pôle environnement, ressources naturelles et économie bleue pour l’Afrique de l’Ouest. Environ 40% des stocks de poissons sont déjà surexploités ou épuisés, tandis que l’érosion côtière coûte jusqu’à 3,8 milliards de dollars (environ 3,3 milliards d’euros) par an à la sous-région.
Des initiatives complémentaires
Face à l’ampleur de ces défis, le WASOP n’est pas une initiative isolée. D’autres programmes régionaux soutiennent déjà les États dans la gestion de leurs zones côtières et marines. Le Programme de gestion du littoral ouest-africain (WACA) par exemple, appuie la lutte contre l’érosion, les inondations et la pollution dans 9 pays. Financé par la Banque mondiale, il a déjà permis d’observer des résultats concrets au Togo et au Bénin, notamment grâce à la restauration de mangroves et à la stabilisation de segments de littoral.
Sur le plan financier, la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) et la Banque d’investissement et de développement de la CEDEAO (BIDC) ont annoncé leur intention d’intensifier leurs engagements dans l’économie bleue. Les deux institutions ont signé des protocoles d’accord lors de la Cabo Verde Ocean Week, pour renforcer leur action dans la région.
La rencontre a aussi marqué le lancement du groupe régional Afrique de la FiCS Ocean Coalition, un mécanisme destiné à faciliter la mobilisation de financements pour l’économie bleue. Selon Ourèye Sakho Eklo, directrice générale adjointe de la BOAD, ce groupe vise à « mobiliser près de 12 milliards de dollars d’investissements pour une économie bleue durable dans la région ».
Amplifier les efforts
Malgré ces avancées, plusieurs analystes soulignent que les initiatives en cours restent limitées par rapport à l’ampleur des enjeux. L’Afrique de l’Ouest fait encore face à des défis structurels majeurs en matière de gouvernance maritime, de financement, d’intégration des chaînes de valeur et de résilience climatique. Sur le plan de la gouvernance, la pêche illégale, non déclarée et non réglementée continue de représenter un manque à gagner de près de 1,9 milliard d’euros chaque année pour sept pays de la sous-région, regroupés au sein de la Commission sous-régionale des pêches.
Côté financement, la faiblesse des investissements privés reste un frein majeur. Si la Banque mondiale estime qu’il faut davantage de subventions pour développer les diagnostics, elle souligne qu’il est tout aussi important de disposer d’un solide portefeuille de projets bancables prêts à être mis en œuvre.
« Le processus d’accès au financement du développement peut être complexe. Pour aider les pays à s’y retrouver, il est important de réunir les gouvernements, les partenaires techniques et les bailleurs de fonds, afin qu’ils puissent établir une relation de confiance et élaborer ensemble une feuille de route claire pour atteindre les objectifs de développement durable en renforçant leurs économies bleues », indique l’institution dans son rapport « Blue Economy For Resilient Africa Program » paru en mars 2025.