(Agence Ecofin) – A quelques jours de la Journée mondiale de la population, célébrée le 11 juillet, le poids grandissant de la jeunesse africaine interroge la capacité des systèmes de formation et d’emploi du continent à l’absorber.

Encore appelée jeunesse pléthorique, la bosse démographique jeune désigne une pyramide des âges où les classes de moins de 25 ans occupent une place disproportionnée par rapport aux autres tranches, formant un renflement caractéristique sur le graphique de répartition par âge. Cette configuration résulte du recul progressif de la fécondité que traverse aujourd’hui le continent, lequel accroît mécaniquement la proportion des 15-65 ans dans sa structure démographique, et donc son réservoir potentiel d’actifs. Conséquence directe de cette dynamique, l’âge médian y atteint 19,5 ans en 2026, l’un des plus bas au monde, d’après les données compilées par Worldometer.

Une telle configuration tranche avec ce qui se joue ailleurs. Selon Eurostat, la population de l’Union européenne culminera cette année à 453,3 millions d’habitants avant d’entamer un repli continu, jusqu’à 419,5 millions en 2100. Un rapport du Centre commun de recherche de la Commission européenne va plus loin, évaluant à 42,8 millions le nombre de travailleurs en moins d’ici 2070, soit un recul de 20,2 % de la population active du bloc. Même tendance en Asie de l’Est, où la Chine affiche un indice de fécondité tombé à 1,7 enfant par femme en 2020, bien en dessous du seuil de renouvellement des générations.

Face à ce contraste, deux trajectoires s’offrent aux pays africains. Correctement anticipée, l’abondance de bras et d’esprits que représente leur jeunesse peut se transformer en dividende démographique, un surplus de croissance porté par l’arrivée massive de nouveaux actifs. Négligée en revanche, elle peut au contraire nourrir le chômage et les tensions sociales.

La jeunesse, une opportunité sous conditions

Le risque n’a rien de théorique, il se mesure déjà. Selon la Banque mondiale, l’Afrique subsaharienne verra sa population en âge de travailler croître de 740 millions de personnes d’ici 2050, la plus forte progression au monde. Chaque année, sur cette période, jusqu’à 12 millions de jeunes se présenteront sur le marché du travail, alors que la région ne crée actuellement que 3 millions d’emplois salariés formels par an.

Cet écart structurel, loin de se résorber, s’inscrit dans une trajectoire démographique de fond. Selon l’ouvrage collectif « L’Économie africaine 2026 », coordonné par l’Agence française de développement, le continent pourrait compter 3,8 milliards d’habitants d’ici 2100, soit 37 % de l’humanité. Une trajectoire qui s’accompagne d’un basculement silencieux, mais décisif. La part de sa population en âge de travailler, à peine 50 % vers la fin du vingtième siècle, atteignait déjà 56 % en 2023 et pourrait grimper jusqu’à 61 % d’ici 2043, selon l’Institute for Security Studies (ISS).

Cette arrivée massive de nouveaux actifs met sous pression les dispositifs techniques et professionnels déjà fragilisés, entre taux de scolarisation insuffisants et filières trop souvent déconnectées des besoins réels des économies locales. Le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF) évaluait ainsi les besoins futurs à plusieurs millions de personnels qualifiés supplémentaires en éducation et en santé, rien que pour la décennie à venir.

Sans réforme des curricula ni investissement massif dans l’emploi formel, ce potentiel pourrait rapidement basculer en source de fragilité, chaque jeune non absorbé par le marché du travail pouvant alimenter le chômage ou l’informalité.

Félicien Houindo Lokossou

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