Depuis quatre ans, l’étude « European Fleet Emission Monitor » (EFEM), pilotée par Alphabet International, se propose de suivre les progrès des entreprises européennes en matière de durabilité des flottes automobiles. Réalisée au début de l’année 2026 auprès de plus de 630 gestionnaires de flotte dans 12 pays européens, cette quatrième édition marque un coup d’arrêt, en mettant en évidence un recul inédit des principaux indicateurs de durabilité depuis la création du baromètre. En cause, un contexte d’incertitude réglementaire qui a conduit de nombreux décideurs à suspendre leurs décisions en matière de durabilité.
Un manque de vision analytique sur les flottes
« L’étude révèle également que seuls 25 % des gestionnaires de flotte déclarent connaître les solutions numériques permettant de simplifier le suivi des émissions de CO2 de leurs véhicules. En France, le problème est encore plus prégnant dans la mesure où 79 % des entreprises déclarent ne pas connaître les outils de suivi des émissions disponibles », indique l’étude. De nombreuses entreprises restent ainsi confrontées à des systèmes fragmentés et à un manque de visibilité sur les données nécessaires au pilotage de leur transition. La transformation numérique des flottes semble également ralentir. « Près d’un tiers des répondants (32 %) déclarent ne pas être en mesure d’identifier les principaux défis liés à la digitalisation de leur flotte. En France, 33 % des entreprises considèrent que la difficulté à intégrer différents outils numériques constitue le principal frein à la digitalisation des flottes », pointent les experts d’Alphabet.
Pourtant, même si c’est encore modeste, l’usage de l’intelligence artificielle continue de progresser à l’échelle européenne et 11 % des entreprises indiquent avoir commencé à intégrer des solutions d’IA pour gérer leur flotte, contre 7 % en 2025. En France, 94 % des entreprises déclarent ne pas encore avoir recours à l’intelligence artificielle.
L’accès à la bonne information : la question qui pourrait fâcher
Mauvaise nouvelle, le millésime 2026 de l’étude d’Alphabet met en évidence un affaiblissement de l’intégration des enjeux de durabilité dans la stratégie de gestion de flotte. Seule une entreprise sur deux intègre le développement durable dans sa stratégie de flotte, soit le niveau le plus faible observé depuis la création du baromètre (60 % en 2023). « En France, cette tendance est encore plus marquée : seules 39 % des entreprises déclarent intégrer les enjeux de durabilité dans leur stratégie de flotte, contre près d’une sur deux l’année dernière. Par ailleurs, 26 % des entreprises françaises ne prennent pas la durabilité en considération dans leurs décisions liées à la gestion de flotte (22 % en 2025) », souligne l’étude.
Le manque d’information est souvent mis en avant par les personnes interrogées, ce qui pose un délicat problème de professionnalisation… A l’échelle européenne, seuls 47 % des répondants déclarent être informés des dispositifs permettant de soutenir l’électrification de leurs véhicules d’entreprise, tandis que près de la moitié considèrent manquer d’informations. En France, la connaissance de ces dispositifs est toutefois supérieure à la moyenne européenne : près de 57 % des entreprises déclarent connaître, totalement ou partiellement, les aides disponibles. Avec une vision commerciale, on peut en déduire que les prestations de conseils et d’accompagnement des entreprises et des gestionnaires de flottes ont encore beaucoup de potentiel.
Les trajectoires d’électrification sont malgré tout confirmées
Toutefois, les intentions d’électrification restent fortes à l’échelle européenne : « Ainsi, 61 % des gestionnaires de flotte déclarent que leur parc sera entièrement électrifié dans les prochaines années ou l’est déjà aujourd’hui. En France, cette dynamique progresse également : 53 % des répondants estiment que leur flotte sera entièrement électrifiée à terme, contre 40 % en 2025 ».
La transition énergétique se heurte encore à plusieurs obstacles structurels : « En France, l’autonomie des véhicules est évoquée comme principal frein à l’électrification pour 46 % des répondants, devant les enjeux liés aux infrastructures de recharge. Parmi les gestionnaires de flotte pour lesquels l’électrification n’est pas encore une priorité, 26 % identifient également la complexité opérationnelle comme principal facteur de ralentissement ». Là encore, des questions de professionnalisation de la gestion de flotte se posent… Et l’étude d’Alphabet tend à démontrer que la route est encore longue pour une transition énergétique maîtrisée des flottes automobiles en Europe.


