Le flux des refoulements de migrants depuis l’Algérie vers le Niger ne faiblit pas. Selon les informations de l’ONG Alarm Phone Sahara (APS) relayées par le site InfoMigrants, 14 602 personnes ont été renvoyées vers la région frontalière nigérienne entre le 18 janvier et le 17 mai 2026.
Ce chiffre porte à plus de 82 000 le total des refoulements enregistrés depuis le début de l’année 2024, confirmant l’ampleur d’un phénomène désormais installé dans la durée.
Une population hétérogène, en majorité non nigérienne
Si une partie des personnes expulsées sont des ressortissants nigériens, parmi lesquels des enfants, l’organisation signale la présence de nombreuses autres nationalités : des Maliens, des Guinéens et des Nigérians principalement, mais aussi, plus marginalement, des personnes originaires de pays aussi lointains que le Bangladesh.
Les modalités de renvoi diffèrent selon les nationalités. Les ressortissants nigériens sont en principe rapatriés par les canaux officiels prévus entre les deux pays. Les autres nationalités, elles, sont le plus souvent reconduites de force dans des convois qualifiés d’« non officiels ». Alarm Phone Sahara relève toutefois une évolution préoccupante : un nombre croissant de Nigériens se retrouveraient eux aussi acheminés par ces convois informels, en dehors de tout cadre légal.
La Dune », point de passage redouté
Les expulsions convergent vers un lieu surnommé « Point Zéro » ou « La Dune », situé à une quinzaine de kilomètres de la ville nigérienne d’Assamaka, seul poste-frontière officiel entre les deux pays. C’est là que les autorités algériennes abandonnent les personnes refoulées, souvent après les avoir dépouillées de leurs biens. Il leur faut ensuite parcourir à pied les derniers kilomètres jusqu’à Assamaka, en plein désert et sous une chaleur extrême. Pour Alarm Phone Sahara, ces pratiques s’apparentent à du non-refoulement caractérisé — un principe pourtant censé protéger toute personne d’un retour forcé vers une situation de danger.
Une hausse continue depuis 2024
L’ampleur des expulsions n’a cessé de croître : 31 400 personnes renvoyées en 2024, puis 34 200 en 2025. Ces chiffres, déjà considérables, seraient en réalité sous-estimés. Alarm Phone Sahara indique que les structures locales chargées du décompte n’ont pas toujours été en mesure de dénombrer précisément l’ensemble des personnes présentes dans certains convois, laissant supposer un bilan réel plus élevé encore.
Sur le terrain, l’organisation poursuit son travail d’assistance auprès des personnes livrées à elles-mêmes après leur refoulement, dans une zone frontalière où l’aide humanitaire se fait de plus en plus rare.
Samia Naït Iqbal