Face aux défis persistants de financement, de compétitivité et de structuration des Très petites, petites et moyennes entreprises, Bank of Africa franchit une nouvelle étape dans l’accompagnement du tissu entrepreneurial national. À travers une offre intégrée, la banque entend dépasser la logique classique du crédit pour proposer une réponse plus globale, articulant financement, conseil, expertise et mise en relation avec un écosystème de partenaires publics et privés.
Vu les profondes mutations que traverse l’économie nationale, la question de la place de la TPME revient avec insistance au centre des débats. Et pour cause, ces entreprises constituent l’essentiel du tissu productif, irriguent les territoires, créent de l’emploi de proximité et représentent, pour de nombreux porteurs de projets, la première marche vers un entrepreneuriat structuré. Pourtant, leur poids économique reste encore en décalage avec leur accès au financement, leur capacité de croissance et leur contribution à la création de valeur ajoutée. C’est dans ce contexte que Bank of Africa a lancé l’offre «Pacte TPME, BOA & Maroc PME». C’était à l’occasion des Rencontres nationales de la TPME 2026, organisées sous l’égide du ministère de l’Industrie et du Commerce. L’initiative se veut à la fois financière, stratégique et opérationnelle. Elle ambitionne d’accompagner les entreprises non seulement dans leur besoin de liquidité, mais aussi dans leur structuration, leur montée en compétence, leur résilience et leur passage à l’échelle.
Du côté de BOA, le message se veut clair. Il ne s’agit pas d’un dispositif de plus, mais d’une nouvelle manière d’appréhender l’accompagnement de l’entreprise. Khalid Nasr, directeur général exécutif de BOA, a rappelé le paradoxe qui persiste entre «le poids écrasant des TPME dans notre économie et leur part encore très modeste dans le financement bancaire». Un paradoxe qui, selon lui, n’est pas une fatalité, mais le signe que l’écosystème doit encore évoluer en profondeur.
Pour le responsable, le pacte conclu avec Maroc PME marque précisément cette rupture. «Ce dispositif n’est pas un programme de plus, c’est un changement de paradigme», a-t-il souligné, rappelant que l’offre a été construite autour de quatre axes majeurs : la structuration, la résilience, la compétitivité et la croissance. L’ambition est d’accompagner l’entreprise tout au long de son cycle de vie, de la création à la transmission, en passant par la consolidation, la montée en puissance et le changement d’échelle. Dans cette logique, la banque entend mobiliser ses propres expertises, mais aussi celles de ses partenaires. Plusieurs conventions stratégiques ont ainsi été signées avec Maroc PME, Réseau Entreprendre Maroc, la FENAGRI ainsi qu’avec les principales zones industrielles de Casablanca, notamment IZDIHAR, AZIAN et la CFCIM. Ces partenariats doivent permettre de rapprocher les solutions du terrain, là où se créent les emplois, se structurent les filières et se construit la valeur.
La confiance, l’atout gagnant
Pour sa part, Ryad Mezzour, ministre de l’Industrie et du Commerce, a inscrit cette initiative dans une problématique plus large, celle de la transformation du tissu économique national. Selon lui, le Maroc se trouve à la croisée des chemins, dans un contexte marqué par la montée en gamme de plusieurs secteurs, mais aussi par une pression croissante sur l’emploi des jeunes qualifiés.
Le ministre a ainsi rappelé que le pays compte chaque année près de 180.000 diplômés de l’enseignement supérieur, auxquels s’ajoutent quelque 330.000 lauréats de la formation professionnelle. Or, même lorsque l’économie évolue dans des conditions favorables, sa capacité de création d’emplois demeure insuffisante. «Il faut que notre économie crée à peu près 40% à 50% d’emplois en plus. Il est temps d’utiliser tous les leviers disponibles pour accélérer la croissance», a-t-il insisté.
Cette urgence intervient dans un environnement international de plus en plus complexe. Les évolutions technologiques, notamment l’intelligence artificielle, modifient déjà la demande de profils juniors sur plusieurs marchés. Dans le même temps, le néoprotectionnisme menace certains débouchés à l’export et impose aux entreprises marocaines de renforcer leur compétitivité, leur agilité et leur capacité d’adaptation.
Dans ce contexte, Ryad Mezzour appelle à faire émerger une nouvelle génération de champions nationaux capables d’aller chercher de la croissance à l’international. Il plaide également pour une approche plus connectée entre entreprises, donneurs d’ordre, fournisseurs, banques et pouvoirs publics. Mais au-delà des mécanismes techniques, le ministre a surtout insisté sur un facteur immatériel, souvent négligé mais ô combien primordial, la confiance. «Il n’y a pas d’économie qui réussit sans confiance. Les entrepreneurs sont amenés à construire des relations plus transparentes avec leurs salariés, leurs partenaires, leurs clients et leurs banquiers. La confiance, adossée à des processus de contrôle rigoureux, peut devenir un levier puissant de croissance et de résilience», a-t-il souligné.
Les TPME au cœur du modèle de croissance
Du côté du patronat, Adil Raiss, président de la commission Croissance TPME et entrepreneuriat de la CGEM, a posé le débat en des termes structurels. Avant de soutenir un tissu entrepreneurial existant, il s’agit désormais, selon lui, de répondre à une question fondamentale : quel modèle de croissance le Maroc veut-il bâtir pour la prochaine décennie ? Les chiffres qu’il avance reflètent l’ampleur du défi. Les TPME représentent plus de 98% des entreprises formelles au Maroc et 95% des membres de la CGEM. Elles auraient contribué à 80% de la création d’emplois formels sur les cinq dernières années. Elles sont présentes dans chaque province, dans chaque filière et au cœur des chaînes de valeur.
Pourtant, elles ne produisent que 30% de la valeur ajoutée. Ce déséquilibre traduit plusieurs fragilités. La première est liée au passage à l’échelle. Seule une faible proportion de micro-entreprises parvient à franchir un palier de développement pour accéder à la catégorie supérieure. La deuxième concerne la mortalité des entreprises, notamment dans les premières années d’activité. La troisième tient à l’accès au financement, qui demeure, pour de nombreux entrepreneurs, un parcours exigeant.
Pour Adil Raiss, la réponse ne peut donc pas se limiter à la mobilisation de ressources financières. «Améliorer l’accès au financement ne consiste pas uniquement à mobiliser davantage de ressources, mais surtout à créer les conditions permettant aux entreprises de présenter des projets solides, structurés et finançables», a-t-il soutenu. Autrement dit, le financement est nécessaire, mais il ne suffit pas. Il doit être accompagné par de la structuration, du conseil, de la montée en compétence et une meilleure intégration dans les chaînes de valeur. C’est à cette condition que la TPME pourra passer d’une logique de survie à une logique de croissance durable.
Une approche plus territorialisée
Anouar Alaoui Ismaili, directeur général de Maroc PME, a pour sa part présenté la nouvelle approche de l’Agence, inscrite dans son plan stratégique Orbit 2030. Ce plan repose sur l’ambition de passer d’une logique centralisée et sectorielle à une action plus territorialisée, plus personnalisée et ouverte à l’ensemble des secteurs productifs. Maroc PME entend ainsi renforcer sa présence dans les 12 régions du Royaume, notamment à travers les Centres régionaux d’investissement, afin d’assurer une plus grande proximité d’exécution avec les entreprises. L’objectif est d’apporter des réponses adaptées à chaque niveau de maturité, selon les besoins réels des entrepreneurs et les spécificités des territoires.
À l’horizon 2030, Maroc PME ambitionne d’accompagner 4.000 TPME et de contribuer à créer ou préserver 54.000 emplois. Un dispositif de suivi et d’évaluation devra permettre de mesurer l’impact des programmes et d’ajuster les mécanismes au fil de leur déploiement. À travers cette initiative, BOA et Maroc PME entendent ainsi ouvrir une nouvelle séquence dans l’accompagnement des TPME.
L’enjeu n’est plus seulement de financer, mais de faire émerger des entreprises mieux structurées, plus compétitives, plus résilientes et davantage préparées à la croissance. Reste désormais à transformer les engagements en résultats tangibles sur le terrain. Les tournées régionales annoncées par Bank of Africa et ses partenaires devront permettre de rapprocher l’offre des entrepreneurs, dans les régions, les zones industrielles et les bassins d’activité. Car c’est là, au plus près des porteurs de projets, que se jouera la réussite de ce pacte.
Dans un contexte où le Maroc cherche à accélérer sa montée en gamme, à créer davantage d’emplois qualifiés et à renforcer son tissu productif, la TPME apparaît plus que jamais comme un levier stratégique. Encore faut-il lui donner les moyens de passer d’un rôle de survie économique à celui de moteur durable de croissance.
Maryem Ouazzani / Les Inspirations ÉCO
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