Le monument qui vient d’être découvert, quoique profondément érodé et privé de sa base et de ses jambes, semble figurer Ramsès II avec sa coiffe royale traditionnelle, vêtu d’un pagne et accompagné de deux autres personnages.

« Ramsès II fit réaliser beaucoup de statues en triade, des statues qui le représentent accompagné de deux autres dieux », indique Luiza Silva, égyptologue à l’Université de Californie à Irvine qui n’a pas pris part à la découverte. « Dans ces statues, on donna à Ramsès II la même taille que les dieux, ce qui suggère un statut similaire. »

Elle ajoute que sur la statue, Ramsès II est présenté en compagnie du dieu Ptah, que l’on figure conventionnellement chauve et avec une barbe postiche.

Mais cette triade n’allait pas rester à Pi-Ramsès. Vers 1060 avant notre ère, le bras du Nil qui alimentait la ville commença à s’assécher et devint de moins en moins capable de subvenir aux besoins de son importante population. Les pharaons suivants allaient déplacer la capitale de l’Égypte et emporter avec eux les statues de Ramsès II.

 

La réutilisation de statues, de tombeaux et d’obélisques était une pratique répandue dans l’Égypte antique, surtout dans le delta du Nil, où les carrières de grande qualité étaient rares. Il était également plus simple et moins cher de réutiliser une structure sculptée avec adresse que d’extraire un nouveau bloc et d’en transporter une nouvelle. Ainsi, les pharaons avaient pour habitude de réaffecter de vieux monuments en fonction de leurs besoins. La réutilisation d’objets associés à Ramsès II était particulièrement courante, car on le considérait largement comme un souverain puissant et couronné de succès.

On a mis au jour la nouvelle statue à 25 kilomètres environ au nord de Pi-Ramsès, dans l’ancienne cité d’Imet (actuelle Tel Fara’un), ce qui suggère que les chefs de la ville firent traîner ce monument colossal depuis son lieu d’origine. On l’a par ailleurs découverte au sein d’un complexe cultuel, chose qui trahit peut-être une utilisation religieuse privilégiée.

« Les temples d’Égypte ne sont pas comme les églises actuelles », prévient Luiza Silva. Il s’agit souvent d’« espaces hautement exclusifs ».

Imet fut une autre capitale créée après l’abandon de Pi-Ramsès.

« Elle était étroitement associée au culte de la déesse cobra Ouadjet, qui était l’une des déités protectrices majeures de la Basse-Égypte, précise Hesham Hussein. Des fouilles récentes ont permis la mise au jour de quartiers résidentiels, de greniers, de voies processionnelles et de “maisons-tours” à plusieurs étages, ce qui indique qu’il s’agissait d’une ville densément peuplée et prospère. »

Cette découverte suggère que les chefs locaux d’Imet cherchèrent à renforcer leur réputation en s’appropriant l’image de Ramsès II ; cela « renforçait la légitimité royale et reliait les sanctuaires locaux au prestige de traditions royales plus anciennes », explique Hesham Hussein.

Pour transporter la statue, des centaines d’ouvriers durent la faire glisser sur des traîneaux en bois, puis mouiller le sable et la tirer, centimètre par centimètre, jusqu’à sa nouvelle demeure. Pour Luiza Silva, cela dut « constituer un spectacle impressionnant » pour les curieux. Elle ajoute que les monuments tels que la statue de Ramsès II récemment exhumée aident à redonner vie au passé, à dépasser les œuvres d’art statiques et immuables exposées sous verre dans les musées.

« Dans le passé, ces statues faisaient partie de paysages vivants, on les déplaçait, réutilisait et resculptait souvent, précise-t-elle. Les envisager de cette manière peut nous aider à leur redonner un peu de leur dynamisme. »