Au Nigéria, la dernière décennie a donné naissance à un paysage culturel vaste et inclusif, tout en laissant la place à un éventail diversifié d’artistes, de collectionneurs, d’institutions artistiques et de publics. Reportage.
Le Nigéria a connu trois présidents au cours des dix dernières années : Goodluck Ebele Jonathan (2010-2015), Muhammadu Buhari (2015-2023) et l’actuel président, Bola Ahmed Tinubu, qui a pris ses fonctions le 29 mai 2023. Ces gouvernements successifs marquent un changement de paradigme dans la situation du pays, caractérisée par l’instabilité économique, la corruption dans le secteur public, l’aggravation de la pauvreté et des problèmes de sécurité persistants à travers le pays. Selon un rapport de la Banque mondiale, entre 2015 et 2025, l’économie nigériane a connu des périodes de déclin et d’instabilité marquées par les récessions de 2016 et 2020, des dévaluations monétaires et une croissance du PIB relativement modeste, comprise en moyenne entre 2 % et 4 % par an. Une nation qui figurait autrefois parmi les économies les plus dynamiques et à la croissance la plus rapide au monde a depuis connu un ralentissement majeur, façonné par des défis qui se superposent et des politiques gouvernementales inadéquates. Cette réalité locale façonne les conditions dans lesquelles les artistes, les acteurs culturels et les institutions artistiques nigérianes vivent, créent et résistent. Elle s’inscrit également dans le contexte d’enjeux mondiaux : démocraties mises à rude épreuve, guerres, extrémisme tribal et religieux, et politique d’extrême droite.
Pérenniser les pratiques artistiques
Malgré la situation du pays, les artistes nigérians continuent de créer et de résister aux systèmes qui sapent leur potentiel : ils construisent des infrastructures culturelles et sociales alternatives pour naviguer dans l’écosystème artistique et pérenniser leurs pratiques dans un contexte où le soutien institutionnel fait défaut. Ces infrastructures consistent notamment à tirer parti de réseaux personnels, à cultiver des communautés d’amis et de mécènes très soudées, et à financer à titre privé la production de leurs œuvres. La plupart des artistes travaillent souvent de manière indépendante, tout en gérant eux-mêmes la vente et la commercialisation de leurs œuvres, et en prenant en charge les aspects financiers de leurs projets créatifs. Ils endossent ainsi les rôles de conservateur, d’attaché de presse et de galeriste pour organiser leurs propres expositions, se constituer leur propre public et pérenniser leur pratique. Cette approche indépendante peut créer une tension lorsque les galeries, les musées, les conservateurs et les entreprises du secteur de…