L’économie marocaine conserve une trajectoire favorable en 2026, portée par le redressement agricole, la résilience de la demande intérieure et la poursuite des grands chantiers d’investissement. Mais la dernière note Strategy de BKGR souligne aussi plusieurs zones de vigilance, entre creusement du déficit commercial, pression budgétaire et consolidation de la Bourse de Casablanca.

La dynamique économique reste bien orientée, mais elle entre dans une phase plus sélective. Dans sa publication Strategy de juin 2026, BMCE Capital Global Research (BKGR) relève un ralentissement de la croissance au premier trimestre, une inflation toujours contenue, une demande intérieure solide, mais aussi une aggravation du déficit commercial et une pression budgétaire plus marquée. Le marché actions, lui, poursuit sa consolidation, sans que les fondamentaux soient remis en cause.

Une croissance portée par l’agriculture et la demande intérieure
Selon BKGR, la croissance économique s’est établie à 4,6% au premier trimestre 2026, contre 5% une année auparavant. Ce ralentissement tient principalement au manque d’élan du secteur secondaire, alors que la demande intérieure, la détente des tensions inflationnistes et le redressement agricole continuent de soutenir l’activité. La valeur ajoutée agricole a progressé de 18,4%, contre 8,1% un an plus tôt, confirmant le rôle central de la campagne agricole dans la trajectoire économique de l’année.

Pour l’ensemble de 2026, BKGR maintient son scénario central de croissance à 5,7%, supérieur à la prévision de Bank Al-Maghrib, révisée à 5,2%, et à celle retenue dans la loi de Finances, à 4,5%. La société de recherche justifie ce choix par l’attente d’une récolte céréalière d’au moins 90 millions de quintaux et par la perspective d’un redressement des activités industrielles à partir du troisième trimestre.

La croissance resterait ainsi soutenue par deux moteurs : d’un côté, l’amélioration de la production agricole ; de l’autre, le maintien d’un effort d’investissement important, porté par les grands chantiers d’infrastructures, les projets liés à la Coupe du monde 2030, la transition énergétique, les gigafactories et les premiers développements autour de l’hydrogène vert.

L’inflation reste sous contrôle
Le signal le plus rassurant vient des prix. Après une accélération ponctuelle en avril, l’indice des prix à la consommation a ralenti à 1,2% en mai en glissement annuel, sous l’effet, notamment, de la baisse des prix alimentaires. Cette évolution conforte le scénario d’une inflation maîtrisée en 2026. Bank Al-Maghrib a d’ailleurs maintenu son taux directeur inchangé à 2,25% lors de son deuxième conseil de l’année.

BKGR rappelle que cette décision traduit une lecture prudente de la conjoncture : l’inflation demeure contenue, la croissance se consolide, mais les incertitudes géopolitiques internationales justifient de ne pas baisser trop rapidement la garde. Cette stabilité monétaire permet de préserver des conditions de financement relativement favorables. Elle offre également une visibilité appréciable aux entreprises et aux investisseurs, même si le marché reste attentif à l’évolution des besoins de financement du Trésor et aux anticipations de taux pour le second semestre.

Déficit commercial et budget sous surveillance
Les principaux points de vigilance se situent du côté du commerce extérieur et des finances publiques. À fin mai, le déficit commercial s’est aggravé de 20,8% pour atteindre 159,1 milliards de dirhams (MMDH), contre 131,7 milliards un an plus tôt. Cette dégradation s’explique, notamment, par la hausse des importations de biens d’équipement, reflet d’un investissement dynamique mais aussi d’une dépendance structurelle aux importations. Le taux de couverture recule ainsi à 57,1%, contre 60,3% un an auparavant. Les exportations progressent, mais pas au même rythme que les importations.

Ce déséquilibre rappelle que la montée en puissance industrielle du pays reste encore liée à des besoins importants en intrants, équipements et technologies importés. Sur le plan budgétaire, BKGR relève un creusement du déficit à 27,8 MMDH à fin mai, contre 22,8 milliards une année plus tôt. Cette évolution tient à la hausse des dépenses ordinaires et d’investissement, au recul du solde ordinaire et à la baisse des recettes non fiscales. Après avoir été maîtrisé à 3,5% du PIB en 2025, le déficit budgétaire est désormais projeté à 3,7% du PIB en 2026.

Le Trésor reste actif sur le marché des taux
Sur le marché obligataire, le mois de juin s’est inscrit dans un environnement monétaire globalement stable. Le Trésor a levé 6,75 MMDH sur le marché primaire, soit un taux de réalisation de 96,5% de son besoin annoncé. Les émissions se sont principalement concentrées sur les maturités de 52 semaines, 2 ans et 5 ans. Cette gestion s’inscrit dans une stratégie plus large. Les levées brutes du Trésor ont atteint près de 65 MMDH au premier semestre 2026, parallèlement à une émission internationale de 2,25 milliards d’euros réalisée avec des spreads en baisse.

Pour BKGR, cette approche confirme une gestion active et diversifiée du financement public, sans pression excessive à ce stade sur le marché domestique. Le maintien de la qualité de crédit du Maroc par les agences internationales soutient cette lecture. S&P Global Ratings a maintenu la note du Royaume en catégorie Investment Grade, avec perspective stable, tandis que Moody’s a relevé la perspective de la note souveraine de stable à positive.

La Bourse de Casablanca digère son rallye

Côté actions, la Bourse des valeurs a poursuivi sa phase de consolidation en juin. Le MASI a reculé de 3,48% sur le mois, à 18.217,27 points, portant sa contre-performance depuis le début de l’année à 3,34%. Cette baisse a été amplifiée par la forte correction du secteur minier, en recul de 21,69% sur le mois, avec notamment des replis marqués de SMI et Managem. BKGR souligne toutefois que cette correction ne remet pas en cause les fondamentaux du marché. Plusieurs compartiments, comme l’agroalimentaire et l’immobilier, ont mieux résisté. Surtout, la capacité bénéficiaire des sociétés cotées est attendue en hausse de 9,7% en 2026, à près de 50 milliards de dirhams. Le marché semble ainsi sortir d’une logique de correction généralisée pour entrer dans une phase d’allocation plus sélective. Après plusieurs années de forte hausse, la baisse observée depuis le début de l’année s’apparente davantage à une consolidation post-rallye qu’à un changement de tendance de fond. Le potentiel de reprise au second semestre dépendra toutefois des résultats semestriels, de l’évolution des anticipations de taux et de l’arrivée de nouvelles introductions en Bourse.

Sanae Raqui / Les Inspirations ÉCO

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