C’est sans grande surprise que les membres de l’OTAN ont décidé à la suite de leur rencontre à Ankara, qui était tout sauf reposante, de ne pas donner de date fixe pour leur prochain sommet.
Le sommet de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) à Ankara, les 7 et 8 juillet, s’est terminé par une preuve d’unité dans la salle de réunion où s’étaient retrouvés les chefs d’État et de gouvernement de l’Alliance. Les 32 alliés ont fini par s’entendre en séance plénière pour rappeler leur engagement face à l’article 5 du traité de Washington sur leur défense collective, réaffirmant qu’une attaque contre l’un d’eux est une attaque contre tous, et leur soutien inébranlable à l’Ukraine.
Pour en arriver à cette conclusion qui était loin d’être acquise, le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a dû jouer de diplomatie et endurer l’incontinence verbale du président américain qui, comme à l’habitude, a dit tout et son contraire, sautant du coq à l’âne, parlant du détroit d’Ormuz, de ses tarifs, de Tik Tok, de l’IA et même du communisme, son nouveau sujet pour les élections de mi-mandat. Le secrétaire général a dû désamorcer des propos américains affirmant que la civilisation européenne était perdue par manque de contrôle de l’immigration et des éoliennes, demandant que le Groenland soit rendu aux États-Unis et voulant couper tout commerce avec l’Espagne gauchiste.
Donald Trump a aussi blâmé de nombreux pays de l’OTAN pour ses propres fautes, comme l’absence de soutien des Européens à sa guerre en Iran, alors qu’il ne leur avait pas demandé leur avis avant de commencer les hostilités et a plusieurs fois affirmées qu’il n’avait pas besoin de cette aide.
Durant quelques interventions, le président, qui semblait d’ailleurs ne plus avoir toute sa tête, a présenté son homologue ukrainien, Volodymyr Zelensky, sous le nom de Poutine et confondu le pays du Soleil Levant avec l’Iran, déclarant que 111 missiles avaient été tirés par la République islamique du Japon contre un navire américain qui n’avait naturellement pas été touché.
Commençant à insulter les membres de l’OTAN à son arrivée, Donald Trump a heureusement terminé le sommet en le décrivant comme un grand succès, incroyable, un moment formidable où il y avait une immense unité et énormément d’amour. Il n’est tout de même pas certain si cette rencontre, censée montrer l’unité de l’OTAN, l’a plus renforcée qu’affaiblie.
Une OTAN plus solide et performante ?
Trump a tout de même pris des engagements qui ont fait de ce sommet une cause de réjouissance pour plusieurs pays membres. Au côté du président ukrainien, son homologue américain a affirmé qu’il allait autoriser l’Ukraine à fabriquer des missiles pour les systèmes Patriot, irremplaçable pour intercepter des missiles balistiques russes. Des accords techniques doivent cependant encore être conclus pour commencer à les produire. Le chancelier allemand, Friedrich Merz, a annoncé après cette rencontre que les États-Unis avaient approuvé la vente de missiles de croisière Tomahawk et de leurs lanceurs terrestres Typhoon. Avec les pays nordiques, l’Allemagne a de plus dit qu’ils feraient l’achat, pour plus de 2 milliards d’euros, de cinq drones de haute altitude et longue endurance Triton, à l’américain Northrop Grumman.
Les Alliés ont annoncé plus de 50 milliards de dollars de contrats et que plus de 250 milliards avaient été mis dans la défense en deux ans, désirant porter leurs investissements à 5 % de leur PIB d’ici 2035. Les Européens se sont aussi engagés à fournir sur deux ans à Kiev 140 milliards d’euros sous forme d’aide, de formation et d’équipements militaires, une moitié en 2026, l’autre en 2027.
Une dizaine de pays ont confirmé l’achat à l’industriel suédois Saab, de dix avions de guet aérien GlobalEye pour une somme pouvant atteindre de 3,8 à 4,3 milliards d’euros. Le premier ministre suédois, Ulf Kristersson, a affirmé à ce sujet que c’était un grand jour pour la Suède et pour l’Alliance atlantique.
Une initiative commune de sept pays pourrait aussi mener à l’achat, pour plusieurs milliards d’euros, d’une dizaine d’avions gros-porteurs fabriqués par Airbus qui permettent d’acheminer des équipements lourds.
Pas d’alternative à l’OTAN
On ne rappellera jamais assez que cette alliance politique et militaire unique au monde de 32 États membres, qui a duré plus de 75 ans, a retrouvé sa raison d’être après l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Il n’y a actuellement pas d’alternative à cette structure de défense collective. Bien qu’il ne soit que la moitié de celui des États-Unis, le budget militaire de l’UE atteint désormais les 600 milliards d’euros, est le deuxième au monde et va beaucoup augmenter dans les prochaines années. La peur de la Russie est le moteur principal de cette situation.
Le chef d’État-major des armées, le général Fabien Mandon, a dernièrement augmenté un peu plus la pression en affirmant que la Russie a adopté, il y a quelques semaines de cela, une loi qui lui permet d’intervenir militairement à l’étranger pour protéger toute population russophone. La possible fuite en avant de Vladimir Poutine, coincé en Ukraine, tient les services de renseignements occidentaux en alerte.
Face à cela, le défi européen est non seulement industriel, mais aussi politique pour augmenter les budgets militaires qui permettraient de bâtir une base industrielle de défense et créer une culture stratégique commune. Les besoins militaires modernes sont trop complexes et dispendieux pour des pays de taille moyenne. Seules des structures comme l’OTAN permettent d’harmoniser les programmes industriels et définir des priorités communes. Au mieux, l’atteinte de l’autonomie militaire européenne devrait prendre plusieurs années.
S’il y a un sommet tous les ans depuis les années 2010, celui de cette année a fait réfléchir les dirigeants de l’organisme. Dans la situation géopolitique actuelle, chaque rencontre est un peu comme jouer à la roulette russe et peut causer beaucoup plus de dommages que de bénéfices. Publiée à la fin de la rencontre le 8 juillet, la déclaration finale ne mentionne donc pas la date de la prochaine réunion qui devrait avoir lieu en Albanie.
Michel Gourd