Des archéologues de l’Institut d’archéologie de l’Académie des
sciences de Russie ont identifié, dans une étude parue en 2026 dans
la revue Problemy istorii, filologii, kul’tury, un anneau de bronze
gravé du portrait d’une souveraine ptolémaïque, près d’Anapa sur la
mer Noire. L’objet n’a pas été ramassé en surface, mais tiré du
comblement d’une fosse domestique fouillée en 2024. La bague
d’Arsinoé III se rattache à un type d’anneaux royaux qui
circulaient loin de l’Égypte, jusque dans les foyers du royaume du
Bosphore.

Un visage de reine identifié à la loupe

Le profil gravé montre une femme tournée vers la gauche. Elle
porte un bandeau étroit, de longues mèches ondulées et un chignon
rond noué à la base. De petits éléments arrondis l’ornent encore,
peut-être des boucles, des épingles ou des perles. Ces détails ont
conduit l’équipe de Mikhaïl Treister à y
reconnaître Arsinoé III, reine de l’Égypte ptolémaïque entre 220 et
204 avant notre ère. Massive et coulée dans le bronze, la pièce
appartient aux anneaux dits de type ptolémaïque. On n’en connaît
aujourd’hui qu’un petit nombre d’exemplaires comparables.

Ces anneaux royaux circulaient surtout dans le royaume du
Bosphore. Leur chaton portait le portrait de
différentes reines d’Égypte
, d’Arsinoé II à Bérénice II.
Arsinoé III appartenait à la dynastie gréco-macédonienne des
Ptolémées, installée après la mort d’Alexandre le Grand. Cette
lignée gouverna l’Égypte pendant près de trois siècles, tout en
conservant la langue et les codes artistiques grecs.

Une pièce représentant Arsinoé III. © Sailko / Wikimedia Commons / CC BY
3.0

Une pièce
représentant Arsinoé III.

La bague d’Arsinoé III surgit dans une fosse hellénistique

L’anneau provient du comblement de la fosse 4 du domaine de
Voskresenskoye 6, à 500 mètres au nord-ouest de la gare d’Anapa. Il
y côtoyait 112 fragments de céramique, amphores, vaisselle de table
et ustensiles de cuisine, dont des amphores venues d’Héraclée du
Pont, de Chios, de Colchide ou de Cnide.

Ces importations situent la fosse aux IVe et IIIe siècles avant
notre ère, tandis que l’analyse du métal, un bronze plombé à
l’étain, rapproche l’objet d’autres anneaux du Bosphore.

Un pont matériel entre l’Égypte et la
mer Noire

Dans l’Antiquité, la région d’Anapa appartenait à l’antique
Gorgippia, une cité du royaume du Bosphore. Ce territoire reliait
la mer Noire aux grandes routes commerciales de la Méditerranée.
Les traditions grecques, locales et venues des steppes s’y
croisaient donc en permanence.

Des
bagues à portraits
comparables y ont déjà été découvertes,
ainsi que dans des nécropoles méotes du Trans-Kouban. Rien ne
prouve pour autant qu’Arsinoé III ait eu le moindre lien direct
avec Anapa. Rien ne dit non plus que l’anneau ait appartenu à un
Égyptien. Ces effigies royales circulaient aussi par le commerce,
la mode ou le goût personnel.

L’intérêt de l’objet tient surtout à la rencontre entre le
portrait, son contexte archéologique et le règne de la reine. Si
l’identification se confirme, la bague entrerait dans une fenêtre
de seulement seize ans. C’est une précision rare pour un objet
personnel hellénistique, retrouvé loin des grands centres
méditerranéens. Elle montrerait surtout comment l’imagerie
royale d’Égypte
a gagné le nord de la mer Noire. Là, elle a pu
entrer dans le quotidien de communautés éloignées du Nil, mais
toujours reliées au monde hellénistique.