Les autorités éthiopiennes envisagent la mise en service de la première centrale nucléaire du pays dans un délai inférieur à dix ans. L’information a été relayée mercredi 14 janvier par la presse locale, citant l’Ethiopian Nuclear Energy Commission (ENEC), créée en octobre 2025 et chargée de piloter le développement du programme nucléaire civil national.

Objectif et contraintes

Selon les informations rapportées par NucNet, les responsables de l’ENEC reconnaissent qu’un programme nucléaire s’inscrit généralement dans un horizon de 10 à 15 ans, depuis la phase de planification jusqu’à l’entrée en service. Ils soulignent toutefois que certains pays, notamment la Chine, ont réussi à réduire ces délais grâce à une forte coordination institutionnelle et à des partenariats technologiques structurés. Addis-Abeba ambitionne ainsi de s’inscrire dans un calendrier plus resserré, sans que les modalités opérationnelles, financières ou technologiques n’aient encore été rendues publiques.

Cette orientation stratégique intervient dans un contexte de fortes contraintes structurelles du système électrique éthiopien. En décembre 2025, lors du lancement officiel du programme nucléaire, Sandokan Debebe, responsable de l’ENEC, a rappelé que l’hydroélectricité représente environ 96% de la production nationale d’électricité. Une concentration qui expose le pays aux risques climatiques, notamment à la variabilité des précipitations et aux épisodes de sécheresse. En 2025, la capacité électrique installée de l’Éthiopie s’établissait à environ 9761 MW, portée principalement par l’inauguration progressive du Grand barrage de la Renaissance (GERD), d’une capacité de 5150 MW. Si ce projet a renforcé la position du pays comme pôle énergétique régional, il n’a pas suffi à répondre à l’augmentation rapide de la demande intérieure, alimentée par la croissance démographique, l’urbanisation et les ambitions industrielles du gouvernement.

Une stratégie de long terme engagée depuis plus d’une décennie

Dans ce contexte, les autorités présentent le recours au nucléaire comme un levier de diversification énergétique, destiné à renforcer la sécurité d’approvisionnement, soutenir la transformation économique et améliorer la résilience du système électrique à long terme. Le projet nucléaire s’inscrit dans une stratégie énergétique de long terme lancée en 2012, qui vise à porter la capacité électrique nationale à 37 GW d’ici 2037. À l’époque, la mise en œuvre de ce programme était estimée à environ 156 milliards de dollars d’investissements sur une période de 25 ans, incluant les infrastructures de production, de transport et de distribution. Dans ce cadre, Addis-Abeba ambitionne d’intégrer jusqu’à 1200 MW de capacités nucléaires à l’horizon 2037, en complément d’un mix toujours dominé par l’hydroélectricité, mais également ouvert aux énergies solaire, éolienne et géothermique. L’objectif affiché est d’élargir la base de production afin de répondre durablement aux besoins nationaux, tout en soutenant les exportations régionales d’électricité vers les pays voisins.

Appui technique

Le projet repose sur des accords de coopération dans l’utilisation pacifique du nucléaire signés en 2017 entre l’Éthiopie et la société russe Rosatom. En septembre 2025, un accord supplémentaire a été conclu portant sur des études de faisabilité, la formation des ressources humaines locales et le développement des infrastructures nécessaires à un programme nucléaire civil. Parallèlement, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a confirmé qu’elle accompagnerait l’Éthiopie à chaque étape du processus, à travers un appui technique, institutionnel et réglementaire, conformément à son approche dite des « jalons », qui encadre le développement des programmes nucléaires civils dans les pays entrants.

Malgré ces avancées, plusieurs défis demeurent. Le financement d’un projet nucléaire, dont le coût peut se chiffrer en milliards de dollars, pose la question de la soutenabilité budgétaire dans un contexte de pressions macroéconomiques. S’y ajoutent les enjeux liés à la sûreté nucléaire, à la gestion des déchets radioactifs, au développement des compétences locales et à l’acceptabilité sociale d’une telle infrastructure.

À l’échelle régionale, l’Éthiopie rejoint ainsi un nombre encore restreint de pays africains engagés dans le nucléaire civil, aux côtés notamment de l’Égypte, qui construit la centrale d’El-Dabaa, et du Ghana (accompagné par l’AIEA) ou du Nigeria (en collaboration avec Rosatom aussi), qui explorent également cette option. Pour Addis-Abeba, la réussite du projet dépendra autant de la solidité des partenariats internationaux que de la capacité à inscrire le nucléaire dans une stratégie énergétique cohérente, économiquement viable et socialement acceptée.