Si Cerebras vendait déjà ses systèmes à des clients européens et collaborait avec des centres de recherche et des entreprises du continent, le fabricant américain de puces d’intelligence artificielle va pour la première fois déployer ses propres infrastructures sur le Vieux Continent.
L’entreprise californienne Cerebras Systems prévoit de mettre en service ses premiers data centers européens dès la fin de l’année 2026. La montée en puissance se fera ensuite rapidement en France ainsi qu’en Norvège et en Finlande, trois pays choisis pour leur accès à une électricité abondante et décarbonée. D’ici fin 2027, l’entreprise ambitionne d’atteindre une capacité cumulée de 200 mégawatts sur le continent.
« Cette expansion rapprochera l’infrastructure d’inférence IA haute vitesse de Cerebras des utilisateurs européens, permettant ainsi d’obtenir des temps de réponse plus rapides pour des charges de travail d’IA de plus en plus complexes » explique son CEO, Andrew Feldman. Une partie de cette capacité sera mobilisée pour exécuter les charges de calcul d’OpenAI, dans le cadre de leur partenariat à 10 milliards de dollars.
Une architecture “wafer-scale” et l’argument de la souveraineté numérique
Cerebras va pouvoir déployer son architecture dite « wafer-scale » qui consiste à regrouper un maximum de ressources sur une seule puce géante (formée d’une galette de silicium toute entière) plutôt que d’interconnecter des nombreux GPU entre eux comme le fait Nvidia. Andrew Feldman aime d’ailleurs à ce propos citer une phrase du concepteur de supercalculateurs Seymour Cray : « Que préféreriez-vous pour tirer votre charrue : un gros taureau ou 64 poulets ? »
Ce choix architectural, effectué dès la fondation de l’entreprise en 2015, vise à limiter les goulets d’étranglement liés aux communications entre les processeurs. Un enjeu devenu critique à mesure que les modèles d’IA atteignent des milliers de milliards de paramètres. Cerebras se revendique d’ailleurs comme le « concepteur de l’infrastructure d’IA la plus rapide au monde »
Au-delà de la performance technique, c’est aussi un argument géopolitique que Cerebras met en avant. En implantant des data centers directement sur le continent européen, l’entreprise californienne entend répondre aux exigences de souveraineté des données formulées par les entreprises, les instituts de recherche et les administrations publiques.
Une entrée en Bourse retentissante qui finance l’ambition européenne
Cette expansion européenne intervient quelques semaines après son introduction en Bourse sur le Nasdaq, le 14 mai 2026. L’opération, réalisée après deux reports en 2024 et 2025, a permis de lever environ 5,55 milliards de dollars, faisant d’elle l’une des plus importantes du secteur des semi-conducteurs et l’une des quinze plus grosses opérations boursières de l’histoire de Wall Street.
Cette levée s’ajoute à un tour de table d’un milliard de dollars bouclé en février 2026, qui avait porté la valorisation de l’entreprise à environ 23 milliards de dollars, près du triple de sa valorisation de septembre 2025. Au total, Cerebras a levé plus de 9 milliards de dollars en capital-risque, dette et introduction en Bourse depuis sa création, ce qui en fait l’une des sociétés d’infrastructure IA les mieux capitalisées au monde.
Les résultats financiers de Cerebras confortent cette trajectoire. Son chiffre d’affaires de 510 millions de dollars était en hausse de 76% en 2025 et a connu une croissance de 92% au premier trimestre 2026. En volume, Cerebras demeure toutefois un acteur de niche. Nvidia contrôle entre 80 et 85% du marché mondial des accélérateurs IA pour data centers. La stratégie de Cerebras consiste donc moins à concurrencer frontalement Nvidia sur le volume qu’à capter certaines charges de travail très exigeantes, celles où son architecture offre un avantage de performance mesurable.