Longtemps cantonnée aux visites de ses monuments historiques, la région Fès-Meknès réinvente son modèle économique. Les acteurs locaux parient désormais sur le thermalisme et le patrimoine forestier pour retenir les visiteurs. Les autorités ambitionnent ainsi de convertir des ressources naturelles brutes en une véritable industrie du bien-être.

Bien qu’elle abrite la moitié des monuments historiques marocains, la région Fès-Meknès fait face à un phénomène ayant trait à la trop courte durée qui caractérise les séjours des visiteurs, sans doute imputable à sa dépendance exclusive au tourisme culturel. Afin de dépasser une approche strictement patrimoniale, le territoire réoriente sa stratégie vers le secteur du bien-être. Du 8 au 10 juillet, la ville de Fès a ainsi accueilli des universitaires et des investisseurs lors de la deuxième édition du Forum régional du tourisme thermal.

Appuyé par le ministère du Tourisme, le forum ambitionne de valoriser un environnement naturel sous-exploité. Abdelouahed El Ansari, président du Conseil régional, a expliqué lors de cette rencontre comment les stations thermales existantes, les nappes phréatiques et le couvert forestier pourraient servir de piliers pour l’édification d’un pôle médical d’envergure. L’enjeu institutionnel consiste désormais à transformer des paysages bruts en leviers de croissance économique durables à même de retenir les visiteurs plus longtemps.

Trois jours d’échanges pour transformer des atouts bruts en filière économique
Durant les trois journées de conférences et d’ateliers, les participants ont examiné les moyens de transformer les richesses écologiques locales en une chaîne de valeur intégrée. La région s’appuie sur des infrastructures médicales en développement ainsi que sur des sites naturels identifiés, tels que les forêts du Moyen Atlas ou les paysages d’Ifrane, Sefrou et Boulemane. Parallèlement, le Schéma régional d’aménagement du territoire et le Programme de développement régional intègrent plusieurs chantiers d’aménagement conçus en synergie avec les orientations gouvernementales.

Parmi les travaux en cours figurent la réhabilitation de l’espace Ain Vital à Ifrane, la modernisation continue de la station thermale de Moulay Yacoub, le développement du site d’Ain Al-Dhiba à El Hajeb, la valorisation de la forêt d’Ain Cheggag et l’aménagement de la grotte de Friouato à Taza. Les pouvoirs publics prévoient de proposer, à travers le financement de tels aménagements, des expériences touristiques axées sur le thermalisme, la prévention médicale, les soins de bien-être et les séjours de récupération. De surcroît, l’implication des universités et des départements ministériels garantit un encadrement scientifique et technique approprié pour accompagner les investisseurs.

Une feuille de route 2023-2026 orientée vers l’allongement des séjours
Le positionnement sur le marché du bien-être s’inscrit dans la mise en œuvre de la feuille de route du tourisme régional couvrant la période 2023-2026. L’objectif consiste à dépasser la simple logique de promotion pour bâtir un écosystème touristique structuré et pérenne. En organisant l’offre autour de l’économie verte, de la gestion durable des ressources en eau et de la valorisation des ressources médicales naturelles, les responsables de la région ambitionnent d’allonger la durée moyenne des séjours et d’améliorer les retombées économiques directes.

Les différentes sessions scientifiques du forum ont d’ailleurs souligné l’importance d’une gouvernance coordonnée entre les collectivités territoriales, les établissements de santé, la société civile et les opérateurs privés. L’intégration de l’intelligence artificielle dans les services proposés aux visiteurs a également été identifiée comme un levier d’optimisation des prestations et de modernisation du parcours client. Le cadre de concertation mis en place permet de faciliter l’émergence de partenariats liant les secteurs public et privé, tout en encourageant la création d’emplois dans les zones rurales et périurbaines.

Des liaisons aériennes élargies vers 14 capitales européennes
Pour soutenir la fréquentation des nouvelles infrastructures d’accueil, le Conseil régional du tourisme accélère le déploiement de sa stratégie de prospection à l’international. Le développement des liaisons aériennes constitue un outil opératoire de la politique de désenclavement et de marketing territorial. Actuellement, le soutien financier et institutionnel accordé aux compagnies permet à l’aéroport de Fès-Saïss de bénéficier de lignes directes connectant la région à 14 métropoles d’Europe, en plus du maintien des vols intérieurs vers Marrakech et Agadir.

En vue des échéances sportives mondiales prévues pour l’année 2030, la promotion de la destination s’oriente de manière ciblée vers les salons professionnels étrangers, les plateformes numériques de réservation et l’accueil régulier d’investisseurs ou de prescripteurs internationaux. La synergie entre le renforcement de la connectivité aérienne et la mise à niveau environnementale des sites naturels, à l’image des opérations de réhabilitation menées au sein du Parc national d’Ifrane, permet de consolider les bases d’un modèle de croissance touristique pensé sur le temps long.

Mehdi Idrissi / Les Inspirations ÉCO

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