Longtemps associée aux bilans d’accidents et aux campagnes de sensibilisation, la sécurité routière marocaine est aujourd’hui regardée sous un autre angle, celui d’une politique publique en cours de structuration. Une évolution désormais mise en avant par l’Organisation mondiale de la santé lors d’une réunion de haut niveau des Nations Unies consacrée à la sécurité routière mondiale. Pour le Maroc, l’enjeu n’est plus seulement de réduire la mortalité sur ses routes, mais aussi de confirmer son statut d’expérience pouvant inspirer d’autres pays.

La sécurité routière est souvent traitée sous l’angle du drame, des accidents ou des campagnes de sensibilisation. Pourtant, le cas marocain montre qu’elle relève aussi d’un enjeu de gouvernance publique. Ces dernières années, le pays a renforcé son architecture institutionnelle, consolidé ses systèmes de données et donné à la politique de sécurité routière un cadre plus opérationnel.
C’est précisément ce changement de méthode qui retient aujourd’hui l’attention. En accueillant la 4e Conférence ministérielle mondiale sur la sécurité routière, le Maroc a confirmé son positionnement parmi les pays africains les plus engagés dans ce domaine. Cette conférence a permis l’adoption d’une nouvelle déclaration internationale visant à réduire le nombre de morts et de blessés sur les routes. Mais au-delà de l’événement diplomatique, c’est l’expérience accumulée par le Royaume qui est désormais scrutée.

Une stratégie avec des objectifs chiffrés
Le socle de cette approche repose sur la deuxième Stratégie nationale de sécurité routière, couvrant la période 2017-2026. Celle-ci fixe un objectif ambitieux, celui de réduire de 50% le nombre de décès sur les routes en dix ans. L’intérêt de cette stratégie ne tient pas seulement à son ambition, mais aussi à sa construction. L’Agence nationale de la sécurité routière (NARSA) occupe une place centrale dans ce dispositif. Elle dispose d’un mandat légal lui permettant de coordonner les actions de contrôle, d’acquérir les équipements nécessaires et de gérer le système national du permis à points.

Cette architecture est complétée par un pilotage à deux niveaux. Le Comité interministériel de la sécurité routière, présidé par le chef du gouvernement, assure la validation politique. Le Comité permanent, présidé par le ministre du Transport, joue le rôle d’espace de coordination technique. Cette organisation permet d’éviter deux écueils classiques : enfermer la sécurité routière dans un seul département ministériel ou la priver de l’autorité nécessaire pour agir sur le terrain. Lors de la réunion de haut niveau des Nations Unies sur l’amélioration de la sécurité routière mondiale, l’OMS a encensé le modèle marocain indiquant que l’un des aspects les plus significatifs de l’expérience marocaine tient au passage d’une logique de contrôle généralisé à une approche fondée sur les données.

Le Plan national de contrôle routier 2022-2024 a marqué cette évolution. Les zones prioritaires de contrôle ne sont plus choisies de manière uniforme, mais à partir des données d’accidents. Les moyens sont ainsi concentrés là où le risque est le plus élevé. Ce plan a également défini cinq infractions prioritaires à l’échelle nationale, l’excès de vitesse, la conduite sous l’emprise de l’alcool, l’usage du téléphone au volant, le non-port de la ceinture de sécurité et le non-port du casque.

Ces comportements restent parmi les principaux facteurs de risque sur les routes. En les identifiant comme priorités nationales, le Maroc a cherché à aligner les contrôles sur les causes les plus visibles de mortalité et de blessures graves. L’autre évolution concerne les moyens. Des équipements modernisés ont été déployés dans les douze régions du pays, tandis que des Comités régionaux de sécurité routière se sont vu confier des responsabilités en matière de contrôle. Il s’agit de construire une chaîne d’action reliant les données, les priorités nationales, les réalités régionales et les opérations de terrain.

Un enjeu de gouvernance autant que de sécurité
Le dispositif marocain se distingue aussi par la prise en compte plus explicite des usagers les plus exposés. Les piétons et les motocyclistes, longtemps parmi les catégories les plus vulnérables, sont désormais intégrés dans la stratégie avec des sous-objectifs dédiés. Cette évolution permet de sortir d’une vision globale de l’accidentologie pour cibler les populations les plus à risque. Cette approche par catégories permet également d’introduire une logique de performance. Lorsqu’un indicateur ne s’améliore pas, l’action peut être revue. Lorsqu’un type d’usager reste particulièrement exposé, les moyens peuvent être réorientés. C’est cette capacité à identifier les failles et à corriger les dispositifs qui constitue l’un des principaux enseignements de l’expérience du Royaume en la matière.

Le cas marocain montre que la baisse de la mortalité routière ne peut pas être obtenue uniquement par des campagnes de communication. Elle suppose une stratégie, des institutions, un budget, des données fiables, des objectifs régionaux et une capacité d’exécution. C’est cette combinaison qui explique l’intérêt porté aujourd’hui à l’expérience du pays. À l’heure où les gouvernements se réunissent aux Nations Unies pour examiner les moyens d’améliorer la sécurité routière mondiale, le Maroc apparaît comme un exemple utile pour plusieurs pays en développement. Son expérience ne signifie pas que le problème est réglé.

Les routes marocaines restent marquées par des comportements dangereux, une forte exposition des deux-roues, des défis urbains et des écarts territoriaux. Mais elle montre qu’une politique structurée peut produire des résultats. Le principal enseignement mentionné est que la sécurité routière ne peut plus être gérée comme une succession de réactions aux accidents. Elle doit être pensée comme une politique publique complète, pilotée au plus haut niveau, suivie par les données et adaptée aux réalités du terrain. Pour le Maroc, l’enjeu des prochaines années sera de confirmer cette tendance et d’accélérer la baisse du nombre des accidentés de la route.

Maryem Ouazzani / Les Inspirations ÉCO

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