Son nom, elliptique, rappelle les arènes de combats modernes. Pourtant, aucune star de MMA ne devrait franchir les portes de l’Octogone égyptien. Ce centre de commandement, inauguré le 4 juillet par le président Abdel-Fattah al-Sissi, abrite désormais l’ensemble des institutions militaires et sécuritaires du pays fort de 500 000 soldats réguliers.
Il doit son nom à la forme de ses bâtiments, octogonaux donc, eux-mêmes regroupés dans une structure de forme similaire. À l’intérieur de cette infrastructure technologique de pointe, sont installés des « systèmes de communication sécurisés et de capacités supérieures en matière de collecte et d’analyse d’informations », selon les autorités égyptiennes.
50 milliards de dollars
Ce quartier général égyptien de 89 km², « plus grand que le Pentagone » américain, est sorti de terre non pas au Caire, mais à 40 km à l’est de l’actuelle capitale de 22 millions d’habitants. Depuis dix ans, le maréchal al-Sissi s’échine à construire une nouvelle capitale administrative dans le désert, loin du peuple égyptien.
Aéroport, hôtels, mosquée, cathédrale… Les constructions grandioses s’y dressent les unes après les autres et rappellent l’architecture ostentatoire de Dubaï. Mais avec ce centre de commandement, dont le coût est estimé à 50 milliards de dollars (44 milliards d’euros), le projet du président mégalomane prend une autre dimension : le jour de l’inauguration, Abdel-Fattah al-Sissi, uniforme d’apparat sur le dos, a salué « l’incarnation des fondements de la nouvelle république », qu’il se vante d’ériger depuis sa prise de pouvoir par un coup d’État militaire qui avait renversé Mohamed Morsi, en 2013.
La crainte d’une contestation populaire
La délocalisation des lieux de pouvoir de l’actuelle capitale voulue par le président égyptien ne doit rien au hasard : Abdel-Fattah al-Sissi veut prévenir tout risque de contestation populaire dans un pays où les voix de l’opposition sont réduites au silence.
Le souvenir du Printemps arabe de 2011 est encore vif : à l’époque, le ministère de la Défense et d’autres institutions avaient été encerclés par la foule de manifestants. Le dictateur Hosni Moubarak, au pouvoir depuis près de trente ans, avait été chassé du pouvoir. Un scénario dont veut se préserver l’actuel président. Quitte à s’isoler dans le désert.