Peu nombreux sont ceux qui regretteront l’homme, aux prétentions politiques affirmées et longtemps considéré comme l’héritier légitime de la grande jamahiriya libyenne, cet « État des masses » fondé par Mouammar Kadhafi, lui aussi exécuté sommairement, en octobre 2011. Certainement pas ceux qui tentent toujours de relever le pays de la sanglante guerre civile déclenchée dans le sillage des « printemps » arabes, puis de la longue et chaotique transition politique toujours en cours. Un pays où – cet assassinat tend à le rappeler – la diplomatie belge déconseille toujours de voyager et n’assure pas au contrevenant l’assistance consulaire.

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La vie de Saïf al Islam Kadhafi était en sursis depuis environ une décennie. Il avait disparu de la circulation depuis sa libération en juin 2017 suite à une amnistie. Moins de deux ans plus tôt, la justice libyenne l’avait condamné, au terme d’un procès expéditif, à la peine de mort pour crimes commis durant la répression de la révolte populaire en 2011. Il était toujours recherché par Interpol suite au mandat d’arrêt délivré en juin de cette année-là par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l’humanité, en l’occurrence pour les chefs de meurtre et de persécution. Celle-ci avait maintes fois demandé son extradition pour le juger, soupçonnant qu’il n’avait pu bénéficier d’un procès impartial et dans les règles.

Kadhafi à l’offensive, la Libye au bord du chaosFidélité totale au clan

Autrefois considéré comme le visage acceptable de la dictature libyenne par de nombreux gouvernements occidentaux, il se présentait lui-même comme un réformateur. Il avait étudié à la London School of Economics, à Londres, et parlait parfaitement l’anglais. Des atouts qui ont permis à Saïf al Islam, bien que ne disposant d’aucune position officielle en Libye, de mener des pourparlers concernant l’abandon par son pays de son arsenal d’armes de destruction massive. C’est lui aussi qui avait négocié l’obtention de compensations financières pour les familles des victimes de l’attentat contre le Boeing de la Pan Am au-dessus de Lockerbie (Écosse) en 1988. Il s’était par ailleurs engagé à faire respecter les droits de l’homme en Libye, bien décidé à débarrasser son pays de l’étiquette de paria que celui-ci avait acquise sur la scène internationale.

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Le déclenchement de l’insurrection, il y aura quinze ans ce 15 février, l’avait pourtant à inciter à témoigner une fidélité totale, et irréparable, à son clan et à son pays. Il avait déclaré à l’époque : « Nous combattons ici, en Libye. Nous mourons ici, en Libye ».