La décision de la Chine de supprimer, à partir du 1er mai prochain, les droits de douane sur les importations en provenance de 53 pays africains avec lesquels elle entretient des relations diplomatiques, s’inscrit dans une dynamique plus large de renforcement des relations économiques sino-africaines. Officiellement, l’objectif est de faciliter l’accès des produits africains au marché chinois et d’encourager une hausse des exportations du continent vers la deuxième économie mondiale.
Cette orientation n’est toutefois pas totalement nouvelle : Pékin avait déjà annoncé dès 2025 son intention d’étendre à la totalité des pays africains son système « Tarif zéro », alors actif pour 33 d’entre eux classés dans la catégorie « Moins avancés ». Seul est exclu le royaume d’Eswatini (anciennement Swaziland) avec qui le géant asiatique n’entretient pas de relations diplomatiques en raison de sa reconnaissance de Taïwan, que les autorités chinoises revendiquent comme faisant partie de leur territoire.
Cette mesure survient alors que les échanges commerciaux entre les deux parties ont atteint des niveaux historiques. Selon les données des douanes chinoises, les exportations de Pékin vers le continent africain ont atteint environ 225 milliards USD (environ 189,9 milliards d’euros) en 2025, contre 123 milliards USD (environ 103,8 milliards d’euros) d’exportations africaines vers la Chine, soit un écart de 102 milliards USD (environ 86,1 milliards d’euros) qui illustre un déséquilibre commercial persistant en défaveur des économies africaines.
Corriger une relation commerciale structurellement asymétrique
La Chine est le premier partenaire commercial de l’Afrique depuis plus de quinze ans, mais la structure des échanges reste dominée par ses exportations de produits manufacturés, d’équipements, de textiles ou encore de technologies, tandis que le continent exporte principalement des matières premières, des hydrocarbures et des minerais. La suppression des droits de douane vise théoriquement à stimuler les exportations africaines en réduisant les barrières d’accès au marché chinois. Pékin met ainsi en avant une logique de rééquilibrage commercial et de soutien au développement, en cohérence avec son discours de partenariat Sud-Sud.
Cependant, l’efficacité réelle de cette mesure dépendra fortement de la capacité productive des économies africaines. Sans diversification industrielle ni transformation locale accrue, l’accès préférentiel au marché chinois risque de profiter essentiellement aux secteurs extractifs déjà bien intégrés aux flux commerciaux mondiaux, plutôt qu’à une industrialisation à valeur ajoutée. En d’autres termes, tant que la composition des exportations africaines restera dominée par les matières premières, l’ouverture du marché chinois, aussi ambitieuse soit-elle, ne suffira pas à corriger le déséquilibre commercial qui caractérise la relation sino-africaine.
Recomposition géo-économique
Cette initiative arrive aussi dans un contexte de recomposition géo-économique du commerce mondial, marqué par la montée du protectionnisme et la rivalité entre grandes puissances commerciales. En ouvrant largement son marché aux produits africains, la Chine renforce son positionnement comme partenaire économique privilégié du continent, face à l’Union européenne et aux États-Unis.
Cette stratégie consolide également l’ancrage de l’Afrique dans l’orbite commerciale chinoise, à un moment où plusieurs pays africains cherchent à diversifier leurs partenaires et à sécuriser leurs débouchés extérieurs. Elle s’articule de même avec les ambitions continentales, notamment celles liées à la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), qui vise à renforcer la transformation industrielle et l’intégration régionale.