Face aux perturbations enregistrées ces dernières semaines dans l’approvisionnement en eau potable dans plusieurs régions tunisiennes, le président-directeur général de la Société nationale d’exploitation et de distribution des eaux (Sonede), Abdelhamid Mnaja, a apporté des éclaircissements sur les difficultés auxquelles fait face l’entreprise. Invité de Mosaïque FM lundi 20 juillet 2026, il a expliqué que la situation actuelle était une conjonction de facteurs liés à la forte hausse de la consommation, aux coupures d’électricité dues au délestage appliqué par la Steg, à la complexité des réseaux hydrauliques et aux contraintes structurelles qui pèsent sur les infrastructures.
Le responsable a d’abord tenu à rappeler que la Tunisie disposait d’un système d’approvisionnement interconnecté, reposant sur plusieurs ressources hydriques et infrastructures complémentaires, appelant à comprendre la pression exceptionnelle exercée sur les réseaux durant cette période estivale marquée par de fortes températures.
Selon le PDG de la Sonede, les Tunisiens sont alimentés par des systèmes utilisant principalement les eaux de surface issues des barrages, notamment dans les gouvernorats de Jendouba, Béja, Bizerte, le Grand Tunis, Nabeul, Sousse, Monastir, Mahdia et une partie de Sfax.
Il a expliqué que la région du Nord-Ouest reposait notamment sur les barrages de Sidi Salem, Bouhertma et Béni M’Tir, dont une partie des ressources est transférée vers le Grand Tunis à travers la station de traitement de Ghedir El Golla.
Cette dernière constitue l’un des principaux pôles hydrauliques du pays. Avec une capacité de traitement estimée à 7,5 mètres cubes par seconde, elle alimente environ 5,5 millions d’habitants répartis entre Tunis, Ariana, Ben Arous, Manouba, Nabeul et une partie de Zaghouan.
Les coupures électriques au cœur des perturbations
Assurant que le Grand Tunis ne souffre d’aucun problème de disponibilité globale de la ressource en eau, il a affirmé que les perturbations observées récemment étaient essentiellement liées aux interruptions de courant électrique ayant affecté le fonctionnement des équipements de pompage.
Le PDG de la Sonede a, dans ce sens, insisté sur la forte dépendance du système hydraulique à l’électricité. Les infrastructures fonctionnent selon un système de transfert complexe où l’eau est acheminée sur plusieurs niveaux d’altitude, via des stations de pompage successives.
Il a expliqué qu’une interruption électrique, même de quelques minutes, pouvait provoquer des difficultés importantes, notant que la remise en marche des équipements ne pouvait pas être effectuée de manière instantanée afin d’éviter d’endommager les moteurs et les pompes.
Selon lui, une reprise brutale de l’ensemble du système pourrait provoquer des surcharges techniques, entraîner des pannes supplémentaires et aggraver les coupures au lieu de les résoudre.
Une pression accrue sur les régions du Sahel
Concernant les gouvernorats de Sousse, Monastir et Mahdia, le responsable a précisé que la situation était différente. Cette zone est alimentée principalement par deux ressources majeures : la station de traitement de Béni Hassen, d’une capacité de 4,4 mètres cubes par seconde, ainsi que les eaux du barrage de Nebhana et les nappes profondes.
Cependant, l’absence de précipitations a fortement réduit les apports du barrage de Nebhana, dont le taux de remplissage ne dépasse actuellement que 4,5 % de sa capacité.
Cette baisse intervient alors que la demande continue d’augmenter, notamment durant la saison estivale avec l’afflux touristique et l’arrivée des estivants sur le littoral. « Nous avons atteint une situation où les installations fonctionnent au maximum de leurs capacités, entre 115 % et 120 % de leur exploitation », a-t-il indiqué.
Face au déséquilibre entre les zones basses et les zones élevées, notamment dans le Sahel, la Sonede a mis en place des ajustements nocturnes de distribution. Le responsable a expliqué que ces mesures devraient assurer une meilleure équité entre les abonnés. Les quartiers situés en altitude nécessitent toutefois davantage de pression hydraulique pour être alimentés, ce qui rend leur approvisionnement plus difficile en période de forte demande.
« Nous disposons d’une quantité d’eau limitée que nous devons distribuer de manière équitable entre tous les citoyens », a-t-il déclaré, rappelant que la Sonede, en tant qu’entreprise publique, a pour mission d’assurer un service accessible à tous sans distinction.
Des limites techniques aux solutions d’urgence
Interrogé sur l’absence de solutions alternatives face aux coupures électriques, notamment l’installation de groupes électrogènes, le PDG de la Sonede a expliqué que cette option n’était pas techniquement réalisable pour l’ensemble des infrastructures.
Certaines installations, comme les grandes stations de traitement de Ghedir El Golla, Béni Hassen ou les stations de dessalement, nécessitent des puissances électriques considérables qui dépassent les capacités d’un simple groupe électrogène.
Par ailleurs, la Sonede exploite près de 1 200 forages profonds répartis dans plusieurs gouvernorats, notamment Kairouan, Kasserine, Gafsa, Gabès, Médenine et Le Kef. Équiper chacun de ces sites de systèmes autonomes représenterait un défi logistique et financier majeur.
« Ce n’est pas seulement une question de coût, mais aussi de logistique. Ces forages sont dispersés dans des zones rurales parfois très éloignées. Il faudrait assurer leur alimentation en carburant et leur maintenance permanente », a-t-il expliqué.
Répondant aux critiques concernant l’état des réseaux et les pertes d’eau, le PDG de la Sonede a reconnu l’existence de défis importants liés au vieillissement des infrastructures. Le réseau national de distribution représente environ 59.000 kilomètres de conduites, nécessitant un renouvellement progressif.
Il a rappelé que la Sonede avait engagé trois grands programmes de modernisation pour améliorer l’efficacité du réseau, pour un investissement global estimé à 1,4 milliard de dinars.
Au-delà des interventions urgentes, la Sonede mise également sur de nouveaux projets structurants pour renforcer la sécurité hydrique du pays, selon Abdelhamid Mnaja. Parmi eux figure le transfert des eaux du Nord vers le Sahel, comprenant notamment le renforcement des interconnexions entre barrages et la réalisation d’une nouvelle station de traitement à Kalaâ El Kébira.
Cette future infrastructure, dont la mise en service est prévue en décembre 2026, devrait disposer d’une capacité de production quotidienne de 400.000 mètres cubes, soit un volume comparable à celui produit actuellement par la station de Béni Hassen.
Selon le PDG de la Sonede, les études réalisées montrent que cette nouvelle capacité permettra de répondre aux besoins des villes concernées jusqu’à l’horizon 2050.
N.J