Né en 1937, André Pages incarne la mémoire vivante et malicieuse de Plaissan. À 89 ans, cet ancien viticulteur pose un regard plein d’esprit sur un parcours traversé par la rudesse de la vigne, l’épreuve de la guerre d’Algérie et un attachement indéfectible aux siens.
Appelé sous les drapeaux en 1959, il passe vingt longs mois en Algérie, une durée étirée au-delà de la limite légale. De cette période dans l’armée de terre, il garde des souvenirs marquants et des séquelles physiques. Souvent héliporté, il a fait les frais de largages précipités. Par crainte des tirs nourris, les pilotes n’hésitaient pas à lâcher les soldats à des hauteurs non réglementaires. Des chocs répétés qui lui ont valu des opérations des hanches des années plus tard. Aujourd’hui, on voit souvent André lors des commémorations à Plaissan. Il y incarne le souvenir d’un temps où ces jeunes n’ont pas eu le choix, tout en mesurant la chance inouïe qu’il a eue de pouvoir revenir et bâtir une famille.
Le souffle d’une deuxième vie
Son retour à la vie civile résonne en effet comme une renaissance. Quatre jours seulement après son arrivée à la gare, sa vie bascule : « On est allé au cinéma et c’est là que j’ai rencontré Espérance », s’amuse-t-il en évoquant sa rencontre avec son épouse. Mariés en 1962, ils partagent leur vie depuis plus de six décennies. Lorsqu’on le taquine en soulignant que cela fait bien longtemps qu’elle le « supporte », il en rit de bon cœur. « C’est une perle », confie-t-il tendrement.
Dès son retour, André s’investit corps et âme dans les vignes, sur les terres héritées de la tante qui avait adopté sa mère. Ce labeur, partagé avec son père, reste gravé dans sa mémoire. » Mon père, c’était un costaud », se souvient-il avec admiration. Un homme de la terre. Aujourd’hui, c’est Pascal, son fils, qui a repris les vignes et, jusqu’à il y a peu, André n’hésitait pas à venir donner un coup de main.
Aujourd’hui, s’il a définitivement rangé ses outils car ses jambes le « portent à peine », André n’a rien perdu de sa verve. Toujours prêt à manier le bon mot, entouré de ses enfants et déjà trois fois arrière-grand-père, cet homme au rire facile cultive l’essentiel : « Je ne suis jamais tout seul. » Sans aucun doute sa plus belle récolte.
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