C’est une triste nouvelle pour le patrimoine au pays des pharaons. Ce jeudi 18 septembre au soir, les autorités égyptiennes ont annoncé avoir résolu l’affaire, révélée publiquement la veille, de la disparition d’un bracelet en or antique vieux de 3 000 ans, qui s’était volatilisé du laboratoire de restauration du musée égyptien du Caire, entraînant une vaste mobilisation dans les aéroports, dans les ports et aux frontières. Dérobé par une experte en restauration pendant ses heures de travail, le bijou a été bradé puis, malheureusement, fondu dans un atelier cairote. Quatre suspects ont été arrêtés et sont passés aux aveux.

Disparu de son coffre sécurisé situé dans le laboratoire de restauration du musée (l’un des plus anciens et des plus visités du pays, situé place Tahrir), ce sobre mais précieux bracelet en or orné d’une perle sphérique en lapis-lazuli, datant du règne d’Aménémopé, pharaon de la XXIe dynastie (1070–945 avant J.-C.), devait bientôt embarquer pour l’Italie pour être inclus dans l’exposition « Trésors des pharaons », qui sera présentée du 24 octobre 2025 au 3 mai 2026 aux Scuderie del Quirinale à Rome.

Des peines pouvant aller jusqu’à la prison à perpétuité

Bracelet en or orné d’une perle sphérique en lapis-lazuli, publié sur le compte Facebook du ministère égyptien des Antiquités et du Tourisme

Bracelet en or orné d’une perle sphérique en lapis-lazuli, publié sur le compte Facebook du ministère égyptien des Antiquités et du Tourisme, 16 septembre 2025

i

© Facebook Ministry of Tourism and Antiquities, Égypte

L’enquête a permis de découvrir que le bracelet a été volé par une restauratrice pendant qu’elle travaillait dans le laboratoire. Celle-ci a ensuite contacté un bijoutier qui a vendu l’artefact au patron d’un atelier d’orfèvrerie pour 180 000 livres égyptiennes (environ 3 100 euros). Ce dernier l’a lui-même revendu pour 194 000 livres (à peu près 3 400 euros) à un fondeur d’or, qui l’a « fondu parmi d’autres bijoux » pour en récupérer le métal, précise un communiqué du ministère de l’Intérieur. Des images de télésurveillance diffusées par les autorités montrent le bracelet (qui semble avoir été au préalable dépouillé de sa perle) échangé dans une échoppe contre une liasse de billets, puis cisaillé en deux par l’acheteur.

Les quatre suspects arrêtés ont avoué, et l’argent a été saisi. Les coupables risquent gros, car la loi égyptienne prévoit jusqu’à sept ans de prison et deux millions de livres (environ 35 000 euros) pour la destruction d’antiquités, et une peine de prison à perpétuité pour le vol d’antiquités dans un but de contrebande – une réponse ferme des autorités aux nombreux pillages dont le pays a été et continue d’être victime.

À lire aussi :
9,5 millions d’euros de porcelaines chinoises volés lors d’un cambriolage au musée national Adrien Dubouché de Limoges

Un bijou qui relie aux dieux

Exhumé par des archéologues à Tanis, dans le delta oriental du Nil, le bracelet se trouvait dans le caveau du roi Psousennès Ier, où Aménémopé avait été inhumé après le pillage de sa première tombe. Ce bijou « n’est pas le plus beau mais c’est scientifiquement l’un des plus intéressants », a expliqué à l’AFP Jean-Guillaume Olette-Pelletier, docteur en égyptologie à l’Université de la Sorbonne, spécialiste des divinités égyptiennes des IIe et IIIe millénaires avant J.-C.

En Égypte antique, l’or représentait la « chair des dieux », le pouvoir royal, la lumière solaire du dieu Rê et l’éternité, tandis que le lapis-lazuli évoquait les cheveux et les poils de barbe des dieux, ajoute l’expert. Admirée pour sa belle couleur bleu nuit parsemée de paillettes dorées de pyrite, cette pierre semi-précieuse importée d’Afghanistan incarnait également le regard des dieux et le ciel nocturne étoilé. Un matériau magique aux vertus protectrices, qui symbolisait le monde divin et l’au-delà.

Ce vol survient quelques semaines avant l’inauguration officielle, prévue le 1er novembre (après de multiples reports), du Grand Musée égyptien situé près des pyramides de Gizeh. Une des collections les plus célèbres du musée du Caire, retrouvée dans le tombeau du roi Toutânkhamon, doit être transférée dans cette nouvelle institution, dont douze galeries sont déjà ouvertes au public depuis octobre 2024.

À lire aussi :
Le tombeau du pharaon Thoutmôsis II découvert en Égypte : une première depuis Toutânkhamon en 1922