
Raïssouni conclut son texte en qualifiant cette interdiction de dix ans de tache durable dans le bilan des droits humains au Maroc, avant même d’y voir une injustice personnelle envers l’intéressé. Il appelle les responsables encore en poste à reconnaître le préjudice subi par Lmrabet, à s’engager à ne pas reproduire de telles pratiques envers d’autres journalistes, et à renforcer par la loi les garanties protégeant l’exercice de la profession.
Dans une tribune consacrée à l’affaire Ali Lmrabet, le chroniqueur marocain Soulaïman Raïssouni revient sur l’une des décisions judiciaires les plus controversées de l’histoire récente de la presse au Maroc : l’interdiction faite en 2005 à ce journaliste d’exercer son métier pendant une décennie.
Une sanction jugée sans précédent
Selon Soulaïman Raïssouni, le jugement rendu le 11 avril 2005 par un tribunal marocain constitue une décision inédite à l’échelle mondiale, visant non pas à sanctionner un délit précis mais à faire disparaître purement et simplement un journaliste de la scène médiatique, en l’empêchant d’écrire aussi bien au Maroc qu’à l’étranger. Le chroniqueur y voit une tentative d’anéantir la carrière d’un homme en asséchant ses supports de publication et en traquant ses textes, où qu’ils paraissent.
Des méthodes administratives contestées
L’auteur rappelle un épisode resté célèbre : alors qu’elle dirigeait la communication au ministère de tutelle, la responsable Fatiha Layadi aurait averti la direction du quotidien espagnol El Mundo que la diffusion d’un de ses numéros avait été interdite au Maroc, au motif qu’il contenait un article signé par Lmrabet. Le journal espagnol aurait alors publié ce courrier accompagné d’un commentaire ironique, rappelant que ses ventes au Maroc ne dépassaient guère la centaine d’exemplaires.
Plus grave encore, selon Soulaïman Raïssouni, l’ancien ministre de la Communication Nabil Benabdellah se serait rendu en France muni d’un dossier qu’il aurait agité devant des journalistes sans jamais le leur remettre, affirmant que Lmrabet souffrait de troubles psychiatriques et suivait un traitement dans un établissement spécialisé — une allégation que la presse française sérieuse de l’époque aurait vivement dénoncée comme une manœuvre de discrédit.
Accusations croisées et soutien international
L’article évoque également le climat paradoxal entourant le journaliste : accusé par certains partis d’opposition de sympathies pro-israéliennes après une rumeur, largement démentie, selon laquelle Benjamin Netanyahou lui aurait offert un véhicule, Lmrabet se serait vu reprocher l’inverse par d’autres, qui l’auraient accusé d’antisémitisme auprès de responsables américains des droits humains. Ces derniers auraient toutefois rappelé qu’aucune accusation, fondée ou non, ne justifiait des poursuites hors du cadre légal.
Un appel à la reconnaissance des torts
Raïssouni conclut son texte en qualifiant cette interdiction de dix ans de tache durable dans le bilan des droits humains au Maroc, avant même d’y voir une injustice personnelle envers l’intéressé. Il appelle les responsables encore en poste à reconnaître le préjudice subi par Lmrabet, à s’engager à ne pas reproduire de telles pratiques envers d’autres journalistes, et à renforcer par la loi les garanties protégeant l’exercice de la profession.
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