Dressant un constat particulièrement sombre de la situation du pays, Hichem Ajbouni estime qu’un changement profond est devenu nécessaire en Tunisie. Pour le dirigeant d’Attayar, le constat d’échec ne concerne pas uniquement le pouvoir actuel. Il reconnaît également l’échec de la transition démocratique et met en cause ceux qui l’ont conduite. Il considère toutefois que la période actuelle est « bien pire » et appelle, pour sortir le pays de cette situation, à revoir profondément son mode de gouvernance et à construire un nouveau contrat social plaçant le citoyen au cœur des réformes.
Dans un post publié mercredi 22 juillet 2026 sur Facebook sous le titre « Le changement est inévitable », Hichem Ajbouni affirme que la Tunisie n’a jamais connu, dans son histoire moderne, une période aussi marquée par ce qu’il qualifie de « médiocrité, laideur et échec ». Une situation qui touche, selon lui, tous les domaines de la vie.
Plus grave encore à ses yeux : la banalisation de cette situation et son acceptation comme une fatalité. Après sept années de pouvoir, dont cinq qu’il qualifie de « pouvoir individuel absolu », Hichem Ajbouni estime que la Tunisie ne pourra pas se redresser avec le système actuel et que la situation continuera à se détériorer.
Une transition démocratique également jugée « ratée »
Hichem Ajbouni ne présente pas pour autant la période de transition démocratique comme une réussite. Il reconnaît explicitement l’échec de cette expérience, malgré l’importante marge de libertés dont disposait alors le pays, et attribue une grande part de responsabilité aux élites politiques, civiles et médiatiques.
Pour le dirigeant d’Attayar, le problème ne résidait pas dans la transition démocratique elle-même, mais dans ceux qui l’ont conduite. Il leur reproche de l’avoir considérée comme un « butin » et d’avoir fait des luttes de positionnement leur principale préoccupation, au détriment des aspirations des Tunisiens et de l’amélioration de leurs conditions de vie.
Il établit néanmoins une nette distinction entre cette expérience et la période actuelle, estimant que « la période de pouvoir autoritaire individuel et absurde a été bien pire et beaucoup plus marquée par l’échec ».
« Ni réalisations, ni réformes, ni droits, ni libertés »
C’est sur le système actuel que Hichem Ajbouni concentre ainsi ses critiques les plus sévères. « Ni réalisations, ni réformes, ni droits, ni libertés », résume-t-il.
Il s’attaque notamment à la « guerre de libération nationale » et à la lutte contre la corruption telles qu’elles sont menées par le pouvoir. Sous ces mots d’ordre, affirme-t-il, le pays se serait transformé en « une grande prison » et en un terrain de règlement de comptes avec les opposants.
Hichem Ajbouni dénonce également un assèchement de la vie politique, civile et citoyenne ainsi qu’une instrumentalisation, selon lui, des appareils et des fonctions de l’État pour réprimer toute voix d’opposition, répandre la peur et traiter les citoyens comme des sujets plutôt que comme des citoyens.
Le dirigeant d’Attayar estime, en outre, que le système actuel a fait ressortir ce qu’il décrit comme les sentiments de rancœur, de haine et de jubilation face aux malheurs d’autrui.
Il lui reproche également d’avoir divisé les Tunisiens entre, d’un côté, ceux présentés comme « loyaux et sincères » et, de l’autre, les « comploteurs et traîtres ». Une polarisation qui aurait, selon lui, créé une fracture sociale qu’il sera difficile de résorber.
Un nouveau contrat social pour « un changement global, profond et radical »
Malgré la sévérité de ce diagnostic, Hichem Ajbouni estime que la Tunisie dispose toujours des capacités nécessaires pour progresser et renouer avec la prospérité. Une perspective qui nécessite, selon lui, de miser sur « la raison, l’intelligence collective, la science et le travail, le travail, le travail ».
Il appelle notamment à l’élaboration d’un nouveau contrat social plaçant le citoyen au cœur de tout processus de réforme et permettant de restaurer la confiance entre celui-ci, l’État et ses institutions.
Cette transformation passe également, selon lui, par l’abandon de la « mentalité sécuritaire » dans la gestion du pays et par la libération de ses énergies. Hichem Ajbouni appelle à créer les conditions favorables à l’initiative, à l’innovation, à la créativité et, selon son expression, au « rêve ».
Pour lui, sortir le pays de « la médiocrité, la laideur, l’échec et l’absurde » nécessite finalement « un changement global, profond et radical » dans la manière de conduire et de gouverner la Tunisie, mais également dans les mentalités de ses élites et de ses citoyens. Il considère qu’un tel changement reste possible à condition de réunir « la vision, la compétence et la volonté ».
Cette prise de position intervient alors que les critiques sur la gouvernance et la capacité des pouvoirs publics à anticiper les difficultés et à engager des réformes s’expriment également sur le terrain économique. Le même jour, l’économiste Aram Belhadj a dressé un constat particulièrement préoccupant de la situation du pays, pointant l’absence de pensée stratégique, d’anticipation et de politiques publiques efficaces.
Évoquant notamment le déficit d’investissement, les distorsions au niveau des prix et les problèmes de gouvernance, Aram Belhadj a mis en garde contre une aggravation des déséquilibres et un risque d’effondrement de l’économie tunisienne dans les prochaines années sans changement de cap. Face aux difficultés actuelles, il a notamment appelé à la création d’une cellule de crise multisectorielle et à l’engagement de mesures urgentes dans le secteur de l’électricité ainsi que de réformes à moyen terme.
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Les deux prises de position, formulées le même jour depuis des perspectives différentes, convergent ainsi sur un constat particulièrement préoccupant de la situation du pays et sur la nécessité d’un changement de cap et de réformes profondes.

I.N.