L’odeur saisissante du brûlé prend aux narines et un ciel laiteux masque le soleil. Du Sud-Ouest de la France aux terres arides d’Espagne, en passant par le cœur de la Sicile, l’Europe traverse un été sous les flammes. Poussée par le dérèglement climatique, des canicules à répétition et un sol extrêmement sec, la saison des feux 2026 a démarré précoce et féroce, provoquant une surcharge opérationnelle sans précédent pour les secours.

L’Espagne face au plus grand incendie de l’année

À une centaine de kilomètres au nord de Madrid, dans la province de Guadalajara, un brasier « féroce et sauvage » a déjà réduit en cendres 32 000 hectares. Qualifié par le président régional de Castille-La-Manche, Emiliano García-Page, comme l’un des feux « les plus complexes » de l’histoire moderne du pays, il représente à lui seul près d’un quart des 121 589 hectares brûlés cette année en Espagne, selon le système européen Effis. Dans cette zone aride et dépeuplée, 1 200 habitants issus de 40 hameaux ont dû fuir.

L’angoisse est immense pour les sinistrés regroupés dans des gymnases, pris en charge par la Croix-Rouge. « Le parc naturel de la Sierra Norte est complètement ravagé, je ne le reverrai plus jamais vert », s’attriste Maria Isabel Benito, 57 ans. Si aucune victime humaine n’est à déplorer sur place, la faune et la flore ont lourdement souffert. Le maire d’Albendiego, Mario Gallejo, resté sur place avec des agriculteurs pour aider les pompiers, redoute une forte mortalité chez les sangliers, chevreuils, renards et oiseaux. Les autorités restent toutefois « raisonnablement optimistes » pour circonscrire le sinistre.

La France sous tension maximale, du Var à la Gironde

En France, la situation est tout aussi critique avec près de 40 000 à 42 000 hectares brûlés depuis le début de l’année, dépassant les données satellitaires historiques de 2022. Dans le Var, parti d’un champ à Pontevès, le feu a rapidement touché le massif du Gros Bessillon, menaçant des villages pittoresques comme Cotignac, Correns et Montfort-sur-Argens. Le sinistre a parcouru 2 500 hectares, détruit dix maisons et forcé l’évacuation d’environ 400 personnes. Sur le terrain, 1 100 pompiers appuyés par des moyens aériens luttent sans relâche. Le colonel Philippe Raison prévient que chaque fumée peut cacher une reprise délicate, redoutant une journée « critique » avec l’arrivée du mistral.

Plus à l’ouest, en Gironde, un feu « très virulent » déclenché à Saumos progresse vers Le Porge. Entre 400 et 600 hectares ont été parcourus en quelques heures, forçant l’évacuation du quart des 3 500 habitants de la commune et celle d’un camp de gens du voyage. Le département a été placé en vigilance rouge par la préfecture, alors que près de 300 pompiers et de nombreux aéronefs sont mobilisés. La région avait déjà été frappée la veille par le décès tragique de deux pompiers professionnels, piégés dans leur camion lors d’un feu de pins aux abords de l’aéroport de Bordeaux-Mérignac.

En Haute-Corse, le feu poursuit également sa lente progression dans la vallée de la Restonica, ayant parcouru 500 hectares sous un vent tourbillonnant.

Sicile suffocante et soldats du feu à bout de souffle

L’Italie subit aussi ce lourd tribut. En Sicile, où le réseau agrométéorologique a relevé des températures dépassant parfois 45 °C, les pompiers sont intervenus sur plus de 1 000 incendies depuis samedi. Dans le centre de l’île, les flammes ont imposé l’évacuation d’une centaine d’habitants et de 22 patients d’une clinique, privant d’eau potable une vingtaine de communes.

Face à cette multiplication des départs de feu, les syndicats de sapeurs-pompiers français tirent la sonnette d’alarme. Éric Brocardi, porte-parole de la FNSPF, pointe des « tensions permanentes ». Au-delà du drame humain marqué par la mort récente de trois pompiers en France cet été, Bruno Ménard, du syndicat des pompiers volontaires, dénonce l’épuisement d’effectifs « lessivés » : « Certains sont envoyés en renfort d’un département à l’autre, dorment sur des lits picots entre les camions. » Une crise matérielle et humaine inédite qui remet en question la gestion des crises climatiques en Europe.