Résultat : le jet-stream, ce puissant courant d’altitude qui guide les masses d’air, ne circule plus de manière régulière d’ouest en est. « Il se met à fortement onduler, avec des circulations nord-sud ou sud-nord, ce qui favorise les extrêmes », résume le climatologue.
Du froid là où on ne l’attend pas
C’est ce mécanisme qui explique la descente d’air polaire sur l’Amérique du Nord, avec des températures exceptionnellement basses jusque dans le sud des États-Unis. « Le froid n’est plus confiné à l’Arctique. Il est redistribué et descend régulièrement vers des latitudes très basses », souligne Xavier Fettweis.
Même les Caraïbes n’y échappent pas. À Cuba, le thermomètre est tombé à 0 °C dans la province de Matanzas, un record absolu. « Ce sont des régions qui n’ont pas l’habitude de connaître ce type de froid. La puissance de ces descentes est impressionnante », observe le climatologue.
« On a oublié qu’il pouvait faire froid et neiger chez nous, mais cela n’a rien d’exceptionnel »: l’analyse complète du climatologue Xavier FettweisTrop de pluie au sud de l’Europe
À l’inverse, ailleurs, c’est l’excès d’eau qui pose problème. Le Portugal et le nord du Maroc font face à une succession de perturbations alimentées par une rivière atmosphérique, un couloir de vapeur d’eau extrêmement chargé. « Le jet-stream est actuellement positionné très au sud, vers l’Afrique du Nord, ce qui explique les pluies intenses attendues sur la péninsule ibérique », explique Xavier Fettweis.
Dans certaines régions, les cumuls de pluie atteignent des niveaux exceptionnels, augmentant fortement le risque d’inondations et de crues rapides. Là encore, le lien est direct avec les oscillations du courant-jet.
Et la Belgique dans tout ça ?
Chez nous, la situation est plus contrastée. Après un épisode froid marqué autour de Noël, le temps s’est adouci. « Le froid que nous avons connu s’est déplacé vers l’Europe de l’Est (où on observe la plus grosse vague de froid depuis plus de 10 ans, NdlR), tandis que la Belgique se retrouve pour l’instant dans une zone intermédiaire », précise le climatologue.
Pourquoi sommes-nous relativement épargnés ? « Nous sommes pris entre un système dépressionnaire au nord et un autre au sud, avec un flux de sud relativement doux », détaille-t-il. Résultat : ni gel intense, ni tempêtes majeures.
Mais cette accalmie pourrait être trompeuse. « Deux scénarios restent possibles, avertit Xavier Fettweis. Soit l’air froid redescend vers nos régions dans les prochains jours, soit la douceur persiste, avec davantage de pluie. Un retour du froid reste possible. L’hiver n’est pas terminé ! On est vraiment à la limite entre deux courants, et les modèles météorologiques changent toutes les heures. Mardi, il n’y avait aucun signal froid, mais ce mercredi, des modèles annoncent son retour. »
Des extrêmes appelés à se multiplier
À plus long terme, ces situations ne sont pas des anomalies isolées. « Ces oscillations deviennent de plus en plus fréquentes, en partie à cause du réchauffement climatique », explique le climatologue. Un paradoxe apparent, mais bien réel.
La conséquence ? « On observe une multiplication des extrêmes : très froid, très chaud, très humide ou très sec. Et cette évolution est particulièrement visible en été. On ne parle plus vraiment d’étés normaux. Soit il pleut sans arrêt, soit il ne pleut plus du tout », rappelle Xavier Fettweis, citant les inondations de 2021 ou les sécheresses de 2019, 2020 et 2022.
Un hiver instable, un printemps incertain, des étés de plus en plus contrastés : la météo devient plus difficile à anticiper. Une chose est sûre : ces cartes spectaculaires ne sont pas des exceptions, mais les signes d’un climat en pleine mutation.