En un mois, plus de 100 000 Zimbabwéens seraient rentrés dans leur pays, selon les chiffres diffusés par Harare. Les ressortissants mozambicains et les malawites, autres communautés étrangères très implantées en Afrique du Sud, quittent aussi massivement le pays, sans que leurs gouvernements ne publient de chiffres jusqu’ici. Les cohortes de Nigérians, Congolais, Ghanéens, Kényans, Ougandais ne sont pas en reste.

« Les gens se présentent en affirmant qu’ils sont en situation irrégulière et demandent à partir pour cette raison », a expliqué, mercredi 15 juillet, la ministre de la Justice sud-africaine, Mmamoloko Kubayi, au cours d’une conférence de presse.

L’Afrique du Sud sombre dans la xénophobie anti-africaineMilices menaçantes

Le 30 juin, l’organisation March and March avait appelé à une manifestation exigeant le départ des migrants illégaux, accusés d’asphyxier les services publics, d’alimenter le crime et de « prendre le travail » des Sud-Africains.

Les autorités sud-africaines craignaient le chaos. Toutes les forces de l’ordre (police et armée) avaient été mobilisées pour tenter d’éviter une explosion de violence à travers le pays. Finalement, le chaos redouté n’a pas eu lieu mais plus de 900 personnes ont été arrêtées ce jour-là. Depuis, des marches plus modestes se poursuivent et, nouveauté, les raids anti-migrants se multiplient surtout dans les townships, ces quartiers périphériques urbains, le plus souvent défavorisés, historiquement réservés aux populations non blanches.

Ces milices cherchent à effrayer les étrangers. « Beaucoup soupçonnent la police d’être complice de ces mouvements. Les membres de ces milices savent exactement où vivent les étrangers. Les Sud-Africains ne sont pas dérangés. Les descentes se font souvent en début de nuit », poursuit un avocat sud-africain de la région de Johannesbourg. « Selon plusieurs témoignages, l’objectif est de semer la panique parmi les ressortissants étrangers. Parfois, de véritables scènes de lynchage sont rapportées par des témoins. Mais elles ne débouchent jamais sur des plaintes en justice. Les membres de ces milices savent qu’ils ne seront pas inquiétés, ce qui leur offre un sentiment d’impunité qui ne peut qu’envenimer la situation ».

2025 commence mal pour le président sud-africain, pointé du doigt par son opposition et par Donald TrumpDurban se vide

À Durban, ville côtière de l’est du pays, épicentre du mouvement anti-migrants, des centaines de logements sont désormais abandonnés.

Ici, plus qu’ailleurs encore, les autorités ont été prises de court par l’afflux de ressortissants étrangers qui désiraient quitter le pays. Face à cet arrivage massif, des camps de passage ont été assemblés mais les autorités refusent que ces endroits se muent en camps de réfugiés. Elles tentent donc de répondre le plus rapidement aux demandes et organisent quotidiennement des départs de bus pour rapatrier chez eux les migrants.

« La plupart ont perdu leur travail et même leur foyer. Leurs employeurs et les propriétaires subissent les menaces des mouvements anti-migrants. Ils préfèrent donc se séparer de leurs employés ou de leurs locataires pour éviter les représailles », explique encore l’ancien diplomate.

Jour J pour les manifestations xénophobes en Afrique du SudMunicipales le 4 novembre

Face à cette crise essentiellement populaire, le pouvoir sud-africain tente de montrer sa fermeté face à la question migratoire. Le président Cyril Ramaphosa, chef de l’ANC, parti au pouvoir depuis la fin de l’apartheid qui voit sa popularité fondre scrutin après scrutin, a annoncé un plan strict de lutte contre la migration illégale. Un scrutin municipal est attendu le 4 novembre prochain. L’ANC veut éviter un nouveau revers et sacrifie sa politique d’accueil et les migrants sur l’autel d’une realpolitik qui suscitera rapidement d’autres crises. De nombreux secteurs commencent en effet à être affectés par un manque de main-d’œuvre malgré le chômage qui dépasse les 32 %.