Le Conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement du département frontalier du Luxembourg et de la Belgique a su s’intégrer dans un projet en phase avec sa vocation, la promotion de la construction en pierre sèche, qui lui donne accès à des fonds de l’Union européenne. Il y voit plus largement une piste pour compenser en partie les baisses de recettes traditionnelles : faire financer des compétences pointues.

Toquer à la porte de l’Europe s’avère fructueux pour le CAUE de Meurthe-et-Moselle. La capacité qu’a démontré le Conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement de ce département à s’engager dans un projet financé par l’Union européenne soulage quelque peu son budget, mis à mal, comme partout, par les conséquences de la réforme de la taxe d’aménagement.

Ainsi, une rentrée de fonds de 150 000 euros répartie sur trois exercices entre 2025 et 2027 (soit 50 000 euros par an) lui est procurée par sa participation à « Ecopierre ». Cette initiative, lancée pour cette période triennale avec des partenaires belges et luxembourgeois, a été retenue — et dès lors financée — par le programme-cadre Interreg 2021-2027 de soutien à la coopération transfrontalière dans l’Union européenne, au titre de sa déclinaison dans la « Grande région », le territoire commun à la France, au Grand-Duché du Luxembourg et à la Belgique.

Image indisponibleCAUE 54 Le CAUE de Meurthe-et-Moselle est le partenaire français principal du projet européen « Ecopierre » pour le développement de l’usage de la pierre sèche. (CAUE 54)

« Ecopierre » organise des formations et des actions de sensibilisation à la maçonnerie en pierre sèche pour des professionnels et il travaille à constituer un écosystème de ce matériau (pôle de compétences, formations, filières de transformation, etc.) à l’échelle de son territoire.

« Nos collègues des pays voisins(1) s’estimaient en retard sur le sujet, alors que nous-mêmes y sommes actifs de longue date, grâce notamment à l’un de nos architectes-conseils, expert de la pierre sèche depuis 30 ans. Nous avons donc saisi l’occasion de nous rapprocher d’eux pour leur faire profiter de ce savoir-faire… et, pour nous, de trouver une source de financement alternative », décrit Axel Othelet, directeur du CAUE.

La somme provenant du Fonds européen de développement régional (Feder) reste loin de compenser les plus de 600 000 euros de recettes annuelles de taxe d’aménagement perdues du fait de la réforme de cette dernière. Mais elle a le mérite d’exister. « Elle finance, en somme, l’équivalent d’un demi-poste : c’est le temps estimé consacré à Ecopierre par notre architecte‑conseil spécialisé », relève Axel Othelet.

Le directeur voit dans ce montage mené à bien un signal plus large : « Nous pouvons trouver des sources complémentaires de revenus en faisant financer des compétences ciblées et pointues, dans le périmètre de nos missions », expose-t-il. Dans le même esprit, le CAUE de Meurthe-et-Moselle compte solliciter l’Etat via le Fonds national d’aménagement et de développement du territoire (FNADT) pour financer un travail d’observatoire qu’il projette de réaliser sur le devenir des églises désaffectées.

Concernant les fonds européens, l’organisme ne compte pas en rester à un coup d’essai. « Une nouvelle programmation pluriannuelle Interreg débute en 2028, nous nous positionnerons de sorte à en bénéficier », précise le directeur.

Un coup de pouce à l’urbanisme favorable à la santé

L’an dernier, l’organisme a obtenu 30 000 euros auprès de l’Agence régionale de santé du Grand Est pour l’intégration des préceptes d’urbanisme favorable à la santé dans sa démarche participative « Ma commune à la carte », des ateliers d’amélioration du cadre de vie proposés dans les villages et les petites villes aux élus, aux techniciens et aux habitants plus généralement.

Une convention salvatrice de trois ans avec le conseil départemental

Sur le plan budgétaire, le CAUE meurthe-et-mosellan doit cependant avant tout au conseil départemental de se maintenir à flot. Fin 2025, ils ont signé ensemble une convention qui garantit pendant trois ans (de 2026 à 2028) une enveloppe annuelle de 1,1 million d’euros, par l’addition du prorata de la taxe d’aménagement perçue et par subventions directes. De quoi couvrir son budget et faire de la collecte de fonds supplémentaires un bonus, en quelque sorte. De plus, ces crédits départementaux sont répartis en versements mensuels, précieux pour la trésorerie.

Alors que le produit de la taxe versé au CAUE est passé de 1 million d’euros avant la réforme à 350 000 euros en 2025, le département a concrétisé, par cette convention, l’intention de « garantir la continuité de service public du CAUE, ressource essentielle pour l’équilibre territorial », qu’avait affichée sa présidente Chaynesse Khirouni au moment de la décision de soutien.

La structure meurthe-et-mosellane voit ainsi se dessiner des perspectives suffisamment stables pour faire remonter ses effectifs. Alors qu’elle était passée de 14 à 9 personnes en moins de deux ans à fin 2025, elle a embauché un architecte-conseil et elle s’apprête à intégrer une paysagiste qui l’amènera à 11 collaborateurs cet automne.

(1) différents organismes actifs dans la construction, comme le Conseil pour le développement économique de la construction du Luxembourg, chef de file du projet