« On ne sait jamais ce que le passé nous réserve », disait Françoise Sagan. Et c’est un peu ce que l’on ressent à chaque nouvelle découverte en Égypte : des technologies avancées, des morceaux de vie quotidienne très similaires aux nôtres et, bien sûr, des tombeaux de toute beauté. « Les fouilles y sont très fructueuses, explique Bénédicte Lhoyer, docteure en égyptologie et chargée de cours à l’école du Louvre. Sur certains sites, notamment Saqqarah – où se trouve la première pyramide, celle de Djéser –, on est à peu près sûr de tomber sur des vestiges dès que l’on donne un coup de pioche ! »

Voici un florilège des découvertes les plus récentes au pays des pharaons.

Thoutmôsis II : son tombeau retrouvé, sa dépouille royale toujours disparue

En explorant un secteur plutôt dédié aux sépultures des reines et de la famille royale, une mission archéologique anglo-égyptienne a trouvé la tombe d’un pharaon, reconnaissable à son plafond peint d’un bleu profond semé d’étoiles d’or.

Conçu pour Thoutmôsis II, souverain de la XVIIIᵉ dynastie (1493-1479 avant notre ère), ancêtre de Toutankhamon et époux (et demi-frère) de la célèbre reine-pharaon Hatchepsout, le tombeau est cependant vide. Il ne semble pas avoir été pillé mais déménagé, à la suite d’une inondation.

Le mystère reste entier quant à la localisation de la dépouille royale : la momie retrouvée en 1881 ne paraît pas correspondre à l’âge du souverain au moment de sa mort.

Des touristes indiens taguaient déjà les tombeaux de Louxor il y a 2 000 ans

De nos jours, pour marquer notre passage dans un lieu d’exception, on poste un selfie sur les réseaux sociaux. Cette volonté de laisser une trace n’est pas nouvelle. Des chercheurs viennent ainsi d’identifier sur les murs de six tombeaux à Louxor une trentaine de graffitis dans des langues indiennes anciennes : en tamoul-brahmi, en sanskrit et en prakrit.

Ces inscriptions ont été laissées par des touristes venus visiter la vallée des rois, à l’époque où l’Égypte était une province romaine. Parmi eux, un certain Cikai Korran a écrit plusieurs messages aussi pénétrants que « Cikai Korran est venu ici et a vu », ce qui fait de ce mystérieux voyageur le premier touriste-taggueur documenté de l’Histoire.

Le premier génome d’un Égyptien des pyramides révèle une origine inattendue

Une étude parue dans Nature dévoile le premier génome complet d’un Égyptien de l’Ancien Empire, à l’époque où s’élèvent les premières grandes pyramides. Découvert à Nuwayrat dans une jarre funéraire, le squelette vieux de 4600 ans d’un homme a livré, grâce à deux dents préservées, le précieux ADN nécessaire au séquençage.

Les résultats révèlent une ascendance à 80 % nord-africaine et 20 % mésopotamienne, confirmant l’existence de migrations maritimes précoces entre les deux régions, via la mer Rouge ou la Méditerranée. Malgré une vie de labeur manuel intense — peut-être un potier ? —, cet individu au teint sombre, d’environ 1,60 mètre, bénéficiait d’une sépulture de notable.

Le plus ancien foret rotatif d’Égypte retrouvé dans un tiroir à Cambridge

Oublié dans un tiroir de l’université de Cambridge (Royaume-Uni), un « petit poinçon en cuivre, entouré d’un lacet en cuir », comme indiqué sur sa fiche d’inventaire, s’est avéré être le plus ancien foret rotatif connu à ce jour en Égypte.

L’analyse microscopique de ses traces d’usure et d’un fragment de lanière en cuir suggère qu’il fonctionnait avec un arc de forage, plus rapide et plus précis qu’un simple poinçon. Trouvée en 1920, cette mèche a plus de cinq mille ans ! « Ce petit objet nous rappelle que les Égyptiens étaient des inventeurs de génie et disposaient déjà d’un outillage remarquable« , note Bénédicte Lhoyer.

Égypte : 13 000 ostracas dévoilent mille ans de vie quotidienne oubliée

Sans doute jetés au rebut, des milliers de morceaux de céramiques couverts d’inscriptions, appelés ostracas, ont été découverts à Athribis par une mission égypto-allemande. « Mais nous, les archéologues, on adore fouiller les poubelles, ce sont de vraies fenêtres sur le passé », s’amuse Bénédicte Lhoyer.

Parmi ces 13 000 supports d’écriture, on trouve des exercices d’écriture, des prières, des bons de livraison, des notes sur les animaux à sacrifier, voire des listes ! Les plus anciens, datant du IIIe siècle avant notre ère, sont des reçus fiscaux rédigés en démotique, une version simplifiée de l’écriture hiéroglyphique. Les plus récents, des étiquettes de récipients en arabe, remontent quant à eux au IXe siècle. Plus de mille ans de données administratives !

Saqqarah : découverte exceptionnelle de la tombe du médecin du pharaon

La vaste nécropole de Saqqarah a livré un nouveau trésor : la tombe richement décorée et parfaitement conservée d’un certain Tétinébefou. D’après le texte présent sur le sarcophage en pierre, cet homme, mort il y a quatre mille ans, était le « doyen des médecins du palais », « dentiste en chef » et même « spécialiste des morsures venimeuses » et donc sans doute le médecin du pharaon.

« Les praticiens de l’époque disposaient d’un grand savoir-faire, que l’on qualifierait de scientifique – ce sont d’ailleurs les Égyptiens qui ont mis au point le principe de l’auscultation –, mais il était aussi associé à de nombreuses pratiques magiques », rappelle Bénédicte Lhoyer. Cependant, la momie demeure introuvable : la tombe a été pillée dès l’Antiquité.

À Louxor, 22 cercueils et des momies découverts dans une cachette antique secrète

À Louxor, 22 cercueils en bois peint et leurs momies ont été mis au jour dans la nécropole de Gournah, ainsi que de rares papyrus. Comme l’indiquent les inscriptions « chanteurs d’Amon » sur le bois, ces défunts étaient probablement des officiants religieux.

« Les sites funéraires abritaient les défunts mais le personnel des temples, chargé d’entretenir leur culte, y vivait également », souligne Bénédicte Lhoyer. En revanche, les cercueils semblent avoir été déposés dans cette cachette en urgence, sans doute pour les préserver des pillages, réguliers lors de la Troisième Période intermédiaire, il y a trois mille ans.

Ça peut aussi vous intéresser