En Gironde comme en Espagne, des milliers d’hectares ont été ravagés par de violents incendies. Entre canicules à répétition, végétation ultra-sèche et secours sous pression, les feux de forêt changent d’échelle et mettent en lumière les limites des stratégies européennes. 

Un incendie «hors norme» et hors de «contrôle». En Gironde, le feu de forêt qui ravage les abords du bassin d’Arcachon a déjà détruit près de 42.000 hectares et provoqué l’évacuation de centaines de milliers de personnes. En Espagne également, 15.000 personnes ont été évacuées après un nouvel incendie à Valence. 

Malgré le déploiement de milliers de pompiers, d’avions bombardiers d’eau et de moyens européens, les flammes continuent parfois de progresser plus vite que les secours. Un constat qui soulève une question : pourquoi les feux de forêts sont-ils devenus si difficiles à maîtriser en Europe ?

Des feux alimentés par des conditions météo extrêmes  

La première explication est climatique. Les épisodes de canicule plus fréquents, les sécheresses prolongées et le déficit d’humidité dans les sols créent un combustible idéal. 

Les flammes prennent d’abord dans les combustibles dits «fins» : herbes, aiguilles de pin, brindilles. Or, la sécheresse qui frappe l’ouest de l’Europe a transformé ces éléments en véritable poudre à canon, facilitant considérablement leur inflammation.

Une fois installés, les feux peuvent gagner des combustibles plus importants tels que les arbustes, les racines ou les couches profondes de végétation. Ces matériaux brûlent davantage, dégagent une chaleur plus intense et peuvent continuer à couver longtemps après le passage des flammes.

Des forêts plus vulnérables 

Les conditions venteuses compliquent également la situation. En Gironde, par exemple, l’évolution du vent a modifié brusquement la trajectoire du principal incendie, qui s’est d’abord dirigé vers la côte avant de repartir en direction de Bordeaux. Lorsqu’un incendie atteint une telle intensité, il finit par modifier son propre environnement. Les pompiers parlent d’un feu qui s’auto-alimente. 

La chaleur dégagée crée de puissants mouvements d’air qui attisent les flammes et accélèrent leur propagation. Des braises, des écorces enflammées ou encore des pommes de pin sont ensuite transportées parfois sur plusieurs centaines de mètres, provoquant de nouveaux départs de feu bien en avant du front principal. Les spécialistes appellent ce phénomène les «sautes de feu». 

Le Muséum national d’histoire naturelle résumait en 2024 ce mécanisme par une formule : «Le feu nourrit le feu». En créant ses propres vents et en projetant des braises toujours plus loin, le mégafeu entretient lui-même sa progression. C’est ce qui le rend particulièrement difficile à contenir. Dans certains cas, seules une pluie importante, une baisse durable des températures ou l’absence de combustible permettent finalement de l’arrêter.

 Des moyens importants mais sous tension

Contrairement aux idées reçues, les orages ne constituent pas forcément une bonne nouvelle. Les averses observées à proximité de certains foyers samedi et dimanche en France et en Espagne ont apporté peu d’eau et ont parfois aggravé la situation. Les courants descendants produits par les nuages orageux peuvent alimenter des changements brusques dans le comportement du feu.

Pourtant, l’Union européenne a renforcé ses dispositifs de lutte avec la flotte aérienne rescEU. Mais les autorités reconnaissent que la multiplication des incendies simultanés met ces capacités à rude épreuve. 

Lorsque plusieurs pays sont touchés en même temps comme la France, l’Espagne, le Portugal ou la Grèce, les avions, hélicoptères et effectifs disponibles doivent être répartis entre plusieurs fronts. Les ressources, autrefois suffisantes pour des crises localisées, se retrouvent parfois saturées face à l’ampleur des événements. Lundi, l’association des Départements de France a appelé à revoir le financement des Services départementaux d’incendie et de secours (Sdis), dont le modèle n’est «plus dimensionné», selon elle, pour les risques actuels.

«Les défis explosent, mais les moyens n’évoluent pas à la même vitesse. Aujourd’hui, nous avons atteint un point de rupture», a prévenu l’organisme. En France, les collectivités territoriales financent plus de 90% des 5,6 milliards d’euros de budget des Sdis, et les départements assument à eux seuls près de 60% de cet effort.