La modernisation des installations d’assainissement de Meknès mobilise un investissement dépassant 211 MDH. L’infrastructure repensée permettra désormais le recyclage des eaux pour l’irrigation urbaine. Parallèlement, la gestion des résidus solides s’appuie sur une synergie logistique interurbaine, instaurant ainsi une dynamique d’économie circulaire pérenne.
Face au défi de la raréfaction des ressources hydriques, la gestion des effluents urbains nécessite une révision structurelle. À Meknès, la refonte de l’infrastructure d’assainissement répond à cette problématique par le biais d’un budget de plus de 211 MDH, financé dans le cadre du Programme sociétés multiservices, avec l’appui de l’Agence française de développement et de l’Union européenne.
Dans ce cadre, la SRM Fès-Meknès a lancé une opération consistant à transformer la station d’épuration locale en un complexe de traitement axé sur l’économie circulaire. L’aménagement prévoit la requalification du système de lagunage pour un volume de 48.000 mètres cubes (m3) par jour, en parallèle de la construction d’une unité à boues activées d’une capacité de 5.000 m3.
Dès lors, les eaux usées et les matières solides perdent leur statut de simples déchets finaux. Elles constituent dorénavant une ressource exploitable, destinée à une réutilisation réglementée. Le modèle de traitement linéaire cède ainsi la place à un cycle de valorisation continu, conciliant le développement des agglomérations et la protection des écosystèmes.
L’irrigation par les ressources non conventionnelles
Le traitement des eaux s’oriente de façon spécifique vers la réutilisation pour les besoins d’arrosage de la commune. Ainsi, la planification technique inclut une unité de traitement tertiaire, conçue pour atteindre des paramètres de dépollution rigoureux. L’abattement de la demande biologique en oxygène et des matières en suspension s’accompagne d’une désinfection visant l’élimination des agents pathogènes, des coliformes fécaux et des œufs d’helminthes.
Par la suite, le volume d’eau purifiée sera canalisé pour l’irrigation des espaces verts et des parcs urbains. Le recours aux ressources hydriques non conventionnelles apporte une réponse tangible aux périodes de déficit pluviométrique tout en préservant les réserves souterraines de la région. En outre, un réseau de capteurs automatisés mesurera en permanence la conformité de l’effluent aux standards sanitaires avant toute redistribution. L’intégration d’échantillonneurs asservis aux débits assurera une traçabilité continue de la qualité physico-chimique des eaux sortantes.
Une synergie logistique interurbaine
La gestion des boues résiduelles illustre une approche de mutualisation des infrastructures à l’échelle du territoire régional. Le processus d’extraction génère des matières organiques nécessitant une prise en charge adaptée et sécurisée. Les boues subissent un épaississement par l’ajout de polymères, puis une déshydratation mécanique avancée, couplée à l’utilisation de géotubes aménagés sur des plateformes étanches.
Le taux de siccité cible est fixé à 22%, garantissant une réduction substantielle de la masse et de la teneur en eau des boues. Ensuite, un protocole logistique relie le site de Meknès à la station d’épuration de Fès, située à environ 65 kilomètres. Le transport s’effectue au moyen de camions poids lourds dotés de bennes hermétiques et de systèmes de verrouillage renforcés, évitant tout écoulement de lixiviats ou nuisance olfactive durant le trajet routier. Les matières acheminées intègrent finalement l’unité de séchage solaire de Fès, parachevant le cycle de valorisation par un procédé naturel et économe en énergie fossile.
Gouvernance environnementale et durabilité
L’efficacité du système repose sur un encadrement technique ininterrompu tout au long d’une période d’exploitation établie sur cinq années. Les équipes d’ingénierie assureront une conduite continue des équipements grâce à une salle de contrôle centralisée. Les automates programmables et les interfaces de supervision permettront un ajustement instantané des consommations d’énergie et des dosages de réactifs, optimisant ainsi les ratios d’exploitation. Le personnel mobilisé comprendra des ingénieurs spécialisés en génie des procédés, des électromécaniciens et des techniciens de laboratoire dédiés aux analyses quotidiennes.
Par ailleurs, les obligations de performance intègrent des seuils stricts concernant les émissions sonores en limite de propriété et le confinement des odeurs. Un plan de gestion environnementale et sociale structure l’ensemble des opérations, prévenant les risques liés à la biodiversité locale et aux conditions d’hygiène des travailleurs. L’emploi d’une main-d’œuvre locale à hauteur de 20% garantit par ailleurs le transfert des compétences sur le territoire et consolide la pérennité du modèle d’assainissement adopté.
Mehdi Idrissi / Les Inspirations ÉCO
L’émission
Chaque semaine, un grand invité décrypte les enjeux de l’économie marocaine.