Des documents confidentiels dévoilent un mode de fonctionnement diplomatique dans lequel l’ambassade du Maroc à Dakar apparaît attentive aux rivalités internes de la classe politique sénégalaise, notamment en faveurs sonnants et trébuchants pour gagner leur soutien dans la question du Sahara Occidental.

Le lundi 27 juillet, la présentation d’un ouvrage consacré au Sahara occidental a été marquée par un accrochage entre l’ambassadeur du Maroc à Dakar, Hassan Naciri, et un diplomate mauritanien. L’agence Apanews, qui a rapporté l’incident, n’en a pas précisé les motifs exacts. Le dossier sahraoui, sur lequel le Sénégal a régulièrement affiché sa proximité avec les positions de Rabat — notamment dans les enceintes de l’Union africaine —, offre un contexte plausible à ce différend basé sur les thèses expansionnistes du Maroc.

Cet épisode relance l’attention sur un ensemble de documents diplomatiques qui circulent depuis plusieurs années et qui, selon leurs diffuseurs, éclaireraient la nature des relations entre responsables sénégalais et marocains basée sur les faveurs sonnants et trébuchants.

Ces documents proviendraient d’un piratage des services marocains par leurs homologues français, dans le cadre d’une brouille entre services de renseignement. Les agents de la DGED, les services d’espionnage marocain, ont commis l’erreur de publier, de manière intentionnelle, le nom de la responsable des renseignements français opérant à l’ambassade de France à Rabat. La réponse de la DGSE ne s’est pas fait attendre. Des milliers de documents confidentiels du gouvernement et des services secrets marocains ont été balancés dans la toile dont de nombreux documents confidentiels des responsables sénégalais.

Une note datée du 10 septembre 2014, signée par l’ambassadeur Taleb Barrada et adressée au ministre marocain des Affaires étrangères, rend compte d’une audience accordée par le ministre sénégalais des Affaires étrangères de l’époque, Mankeur Ndiaye. Le document rapporte, selon les termes de l’ambassadeur, que M. Ndiaye aurait indiqué que l’ancien chef de la diplomatie sénégalaise Cheikh Tidiane Gadio se positionnait comme mandaté par le Sénégal pour organiser un forum sur la paix et la sécurité en Afrique, et aurait sollicité à ce titre le soutien du Maroc — alors que, toujours selon la note, M. Gadio ne représentait ni le chef de l’État ni le gouvernement sénégalais. Le document précise également qu’une éventuelle contribution marocaine devrait, selon le ministre, être adressée à l’État du Sénégal et non à M. Gadio personnellement.

Une seconde note, datée du 9 septembre 2014 et également signée par l’ambassadeur Barrada, fait état de la remise, par l’ambassade, d’une somme de 140 784 dirhams (l’équivalent annoncé de 8 224 754 francs CFA) au ministre Mankeur Ndiaye, présentée comme destinée à couvrir les frais de pèlerinage à La Mecque pour trois personnes. Le document indique que le ministre aurait exprimé sa gratitude pour ce geste. Rien dans le document ne permet de déterminer si les trois bénéficiaires du pèlerinage étaient des proches du ministre ou des tiers désignés par lui à titre caritatif — une ambiguïté importante que la formulation du document ne permet pas de lever.

Un courriel daté du 27 février 2012, transféré par un certain « Abdelmalek Alaoui » et présenté comme provenant à l’origine d’un expéditeur signant « Moustapha Niasse », évoque les tendances du premier tour de la présidentielle sénégalaise de 2012 et propose une forme de soutien politique en échange d’un appui non précisé. L’identité réelle des correspondants, l’authenticité de l’échange et le contexte exact de cette communication n’ont pu être vérifiés.

Les voyages aux frais de la DGED

Ce que ces documents, pris ensemble, donnent surtout à voir, c’est un mode de fonctionnement diplomatique dans lequel l’ambassade marocaine à Dakar apparaît attentive aux rivalités internes de la classe politique sénégalaise — entre un ministre en exercice et un ancien ministre devenu chef de parti — et disposée à des gestes financiers dont la nature exacte (don institutionnel, faveur personnelle, ou autre) reste sujette à interprétation selon les documents eux-mêmes.

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