Le sud du Maroc confirme son potentiel pour accueillir une filière compétitive d’hydrogène et d’ammoniac verts. Une étude comparant plusieurs sites met en avant Dakhla, où les conditions de production apparaissent les plus favorables, tout en soulignant le rôle décisif du financement, des infrastructures et de la valorisation des surplus.
Le potentiel marocain dans l’hydrogène vert se précise, mais sa compétitivité dépendra autant de la qualité des ressources renouvelables que du modèle économique retenu. Une étude publiée dans l’International Journal of Hydrogen Energy compare les sites de Dakhla, Laâyoune et Tarfaya à travers plusieurs scénarios de production à grande échelle d’hydrogène et d’ammoniac verts.
Les chercheurs universitaires Mohammed Bouafia, Mohamed Bendaoud, Saloua Yahyaoui et Amine El Fathi ont modélisé l’ensemble de la chaîne, de la production d’électricité jusqu’à l’ammoniac. Le système étudié combine solaire photovoltaïque et éolien, batteries, dessalement d’eau de mer, électrolyse PEM, stockage de l’hydrogène, séparation de l’air et synthèse d’ammoniac par procédé Haber-Bosch. Le dimensionnement porte sur une installation capable de produire un million de tonnes d’ammoniac vert par an.
L’intérêt de l’étude tient surtout à la comparaison des trois sites selon des hypothèses techniques et économiques identiques. Les auteurs testent également plusieurs modes d’exploitation, sans valorisation des excédents, avec revente du surplus d’électricité, puis avec valorisation de l’électricité et de l’eau dessalée excédentaires. Ils introduisent enfin l’incertitude dans le calcul à travers une simulation de Monte-Carlo et une analyse de sensibilité de Spearman.
Dakhla, l’option la moins coûteuse
Les écarts obtenus sont significatifs. Selon le site et le scénario, le coût actualisé de l’électricité se situe entre 2,09 et 3,09 cents par kilowattheure. Celui de l’hydrogène vert varie de 2,81 à 4,20 dollars le kilogramme, tandis que l’ammoniac ressort entre 529 et 775 dollars la tonne. Dans cette comparaison, Dakhla apparaît comme l’option la plus compétitive. La combinaison de ressources éoliennes et solaires favorables permet d’y abaisser les coûts, avec un avantage encore renforcé lorsque les surplus d’électricité et d’eau dessalée peuvent être commercialisés.
Ainsi, la rentabilité d’un complexe Power-to-X ne repose pas uniquement sur la production d’hydrogène ou d’ammoniac. Elle dépend aussi de la capacité du projet à valoriser les flux qu’il génère en excès. Cette question est loin d’être secondaire. Dans les grands complexes, le surdimensionnement des capacités renouvelables peut être nécessaire pour assurer une alimentation suffisante des électrolyseurs malgré l’intermittence du solaire et de l’éolien. L’électricité qui n’est pas absorbée par le procédé peut alors devenir une source de revenus plutôt qu’une perte, à condition de disposer d’un débouché et d’infrastructures permettant son injection.
Le coût du capital, variable décisive
L’étude souligne également le poids du financement. L’analyse de sensibilité identifie les dépenses d’investissement dans les capacités renouvelables et le taux d’actualisation parmi les principaux facteurs de variation des coûts. Une ressource solaire ou éolienne abondante ne suffit donc pas à garantir la compétitivité d’un projet. Le coût du capital, les modalités de financement, les possibilités de vente de l’électricité et de l’eau, mais aussi le cadre réglementaire peuvent modifier sensiblement l’équation économique. Ces résultats restent toutefois des estimations fondées sur un modèle. Les coûts réels pourront varier selon les prix, les conditions de financement, la durée de vie des équipements et les conditions d’exploitation.
Le signal reste néanmoins favorable pour le sud du pays. En intégrant dans une même analyse la production renouvelable, le dessalement, le stockage, l’électrolyse et la transformation en ammoniac, l’étude montre que la compétitivité du Power-to-X se joue à l’échelle d’une chaîne industrielle complète. Dakhla dispose, dans ce modèle, d’un avantage net. Reste à transformer cet avantage naturel en avantage économique, ce qui dépendra largement des infrastructures, des débouchés et des mécanismes de marché accompagnant les futurs projets.
Maryem Ouazzani / Les Inspirations ÉCO
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