Une nouvelle procédure judiciaire 

L’Assemblée nationale du Sénégal a largement approuvé la levée d’immunité de Mouhamadou Ngom, député et maire d’une commune du nord du pays. Déjà privé de son immunité en janvier 2025 dans le cadre d’une enquête sur des malversations financières estimées à environ 125 milliards de francs CFA (plus de 192 millions d’euros), l’élu est désormais visé par de nouvelles poursuites distinctes. La législation sénégalaise impose en effet une nouvelle levée d’immunité pour engager des poursuites dans un dossier judiciaire différent. 

Des téléphones et des clés USB découverts en cellule 
  

Fin décembre, des agents de l’administration pénitentiaire ont découvert dans sa cellule « deux téléphones portables et cinq clés USB », des objets interdits en milieu carcéral, selon un rapport parlementaire publié lundi. L’exploitation de ces supports aurait révélé « plusieurs échanges téléphoniques avec diverses personnes établies sur le territoire national et à l’étranger », ainsi que « de nombreuses opérations financières et immobilières, des documents judiciaires couverts par le secret de l’instruction et des vidéos impudiques », d’après le rapport. Ces éléments ont conduit le parquet à solliciter une nouvelle levée de l’immunité du député afin d’étendre les poursuites. 

Un proche de Macky Sall dans le viseur 

Figure influente et proche de l’ancien président Macky Sall, Farba Ngom avait été inculpé en février 2025 pour association de malfaiteurs, blanchiment de capitaux et escroquerie portant sur des deniers publics, avant d’être placé sous mandat de dépôt. L’Assemblée nationale, dominée par le Pastef, le parti au pouvoir, a voté massivement en faveur de la levée de son immunité, malgré l’opposition de certains députés. La députée Aïssata Tall Sall a ainsi appelé ses collègues à ne pas « courber l’échine parce que l’exécutif le demande », dénonçant une procédure qu’elle juge politiquement orientée. 

Une promesse de reddition des comptes 
  

Arrivé au pouvoir après la présidentielle de mars 2024, le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko ont promis de faire rendre des comptes aux anciens dirigeants, qu’ils accusent de graves irrégularités dans la gestion des affaires publiques. L’ancien chef de l’État, Macky Sall (2012-2024), est régulièrement cité par la majorité comme symbole d’une ère à examiner. 

Des inquiétudes sur son état de santé 

Les avocats de Mouhamadou Ngom, ainsi que ses proches et des défenseurs des droits humains, alertent depuis plusieurs mois sur son état de santé. Le député a été transféré dans un pavillon pénitentiaire spécial afin d’assurer son suivi médical. Cette nouvelle levée d’immunité relance le débat sur l’équilibre entre exigence de reddition des comptes et respect des droits de l’opposition dans un contexte politique encore marqué par les tensions post-électorales.