En Afrique du Sud, le régulateur du secteur de l’énergie a accédé à une demande de la compagnie nationale d’électricité Eskom visant à réduire de 35% les prix appliqués à deux exploitations de ferrochrome. Cette décision annoncée jeudi 29 janvier peut éviter la suspension immédiate des activités concernées, mais elle ne constitue pas une solution structurelle pour d’autres compagnies minières, pénalisées aussi par la hausse continue du coût de l’électricité.
Le ferrochrome est un alliage de fer et de chrome. Alors que l’Afrique du Sud héberge environ 80 % des réserves mondiales connues de minerai de chrome, la nation arc-en-ciel s’est imposée comme l’un des principaux fournisseurs de cet alliage essentiel dans la production d’acier inoxydable.
Début décembre 2025, la compagnie sud-africaine Merafe Resources a annoncé le licenciement officiel d’une partie de son personnel, après l’échec de négociations avec Eskom concernant la réévaluation des prix de l’électricité. Face à des coûts de l’énergie ne garantissant plus la rentabilité de ses deux fonderies de ferrochrome codétenues par le suisse Glencore, la société a indiqué que la production serait suspendue à partir de janvier 2026.
Les discussions se sont toutefois poursuivies avec Eskom, débouchant sur un protocole d’accord visant à trouver « une solution énergétique viable pour l’industrie du ferrochrome ». Dans ce cadre, la compagnie publique d’électricité a sollicité le régulateur, qui a validé un allègement de 35 % des tarifs. Pour entrer en vigueur, cette mesure nécessite le financement du gouvernement, appelé à compenser l’écart entre le tarif actuel de 1,36 rand (0,071 euro) par kilowattheure et le prix négocié de 87,74 centimes de rand pour la coentreprise Merafe-Glencore.
Une problématique qui dépasse le ferrochrome
Selon les chiffres officiels, les exportations sud-africaines de ferrochrome ont reculé d’environ 20 milliards de rands (environ 1,05 milliard d’euros) par rapport à leur pic du début de 2023, pour atteindre seulement 5 milliards de rands au troisième trimestre 2025. « La crise des exportations de ferrochrome résulte principalement de la forte augmentation des prix de l’électricité et du minerai de chrome au cours des cinq dernières années. L’électricité est le principal coût de production du ferrochrome », précise Trade & Industrial Policy Strategies.
Au-delà de ce cas particulier, la crise énergétique pèse sur l’ensemble de l’industrie minière sud-africaine, qui représente environ 8% du PIB. Les prix de l’électricité ont augmenté de plus de 900% depuis 2008, menaçant la rentabilité d’autres segments comme l’exploitation de l’or ou du platine. En 2024, plusieurs producteurs de métaux du groupe du platine (PGM) ont annoncé des licenciements, prétextant un contexte de baisse des prix et de coûts opérationnels élevés. Dans un rapport publié en juin 2024, Boston Consulting Group estime que les coûts énergétiques de l’Afrique du Sud sont les quatrièmes plus élevés parmi des juridictions minières comparables.
La flambée récente des prix de l’or et du platine offre néanmoins un répit temporaire à certains producteurs. Le prix de l’or a progressé de plus de 60 % en 2025 et a établi de nouveaux records en janvier 2026, tandis que celui du platine a plus que doublé en un an. Cette embellie des cours ne fait néanmoins que masquer des contraintes structurelles pour lesquelles le gouvernement sud-africain a engagé plusieurs chantiers. Les autorités misent notamment sur la réorganisation du secteur électrique, avec l’ouverture accrue à la production privée et la montée en puissance des producteurs indépendants d’énergies renouvelables, dans l’espoir d’alléger la pression sur Eskom et de contenir la trajectoire des tarifs à moyen terme.