La préoccupation actuelle d’une disparition programmée de la langue française d’Algérie m’a fait me replonger dans les témoignages recueillis à Alger à ce sujet.
J’ai retrouvé cet extrait du livre « Les Larmes de Jimmy » qui relate la capacité des Algériens à dépasser le cynisme par une bonne dose d’humour. Ils sont, déjà en 2024, affectés, mais pas dupes.
Lors d’un échange dans un couloir ombragé, où nous étions trois ou quatre, au sujet de la politique forcenée de déclassement du français en Algérie, l’un des hommes nous avait fait sourire là où cela méritait de grands éclats de rire que chacun devait malgré lui retenir.
En y pensant aujourd’hui, j’ai l’espoir que ces rires ne sont que partie remise.
L’espoir aussi que quelqu’un trouvera les mots à glisser à l’oreille de qui l’on sait, dans la langue de son choix, pour dire à quel point pareille entreprise est vaine et bête.
« …visite du palais des Raïs, Bastion 23, entre grande fontaine et Méditerranée superbe. Le lieu est aussi exquis que le Bardo, un joyau de plus. Ici, quand on ne parle pas politique, on la voit. Une exposition temporaire accueille le visiteur, en langue arabe et en anglais. Pour tous les autres, francophones par exemple, circulez, il n’y a rien à voir. Il semblerait que le président, oncle Tebboune comme l’appellent affectueusement quelques-uns de ses sujets, ait décidé qu’après l’arabe sur la liste officielle viendrait l’anglais, puis c’est tout. C’est un peu dommage, et si c’était mon oncle à moi, je lui partagerais mon sentiment. Heureusement, ceux qui ont œuvré avant lui ont laissé au monde des beautés universelles qui se passent de sous-titres.
Concernant les préférences linguistiques de Monsieur Tebboune, j’ai entendu un citoyen s’interroger au sujet de son oncle : « Dans quelle langue celui-ci s’exprimait-il une fois dans un hôpital français ? », mais c’est là encore mauvaise langue. Ces lieux, comme le palais des Raïs, aident à ralentir. En regardant par les fenêtres colorées, on sent la fraternité d’ici jusqu’à l’autre rive. Il faut la resserrer. »
Marcus Hönig