Publié aujourd’hui à 15h57
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Alors que le président sénégalais vient de lancer officiellement son parti politique, Kiiraay – Les Patriotes républicains, le divorce est consommé entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko. La guerre des nerfs entre anciens alliés pourrait même se déporter, plus ou moins indirectement, sur le terrain judiciaire. À la suite d’un contenu diffusé sur TikTok, trois proches du Pastef sont poursuivis pour offense au chef de l’État.
Les chroniqueurs Lamignou Darou, Oustaz Thiep et Ndiaye Touba interviennent sur Feeñal Digital, un média réputé soutien de Pastef, l’ancien parti commun du président et de son ex-Premier ministre. La vidéo incriminée présente les trois hommes en train de prier pour que le malheur s’abatte sur « celui qui a trahi le projet de Pastef ». Ils appellent de leurs vœux quelque sentence fatale comme la mort, une paralysie ou un AVC.
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Jeu de dupes
Avant qu’une plainte n’ait été déposée, le procureur de la République sénégalaise a décidé de s’autosaisir. En début de semaine, le trio de tiktokeurs était interpellé par la Division spéciale de cybersécurité. Jeudi, les trois imprudents étaient placés sous mandat de dépôt, pour « offense au chef de l’État » et « discours contraire aux bonnes mœurs ».
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Les réactions ne se sont pas fait attendre. Sur le déroulé de l’arrestation, le syndicat des professionnels de la presse (Synpics) dénonce les interpellations dans les locaux mêmes de Feeñal Digital. Sur le fond des accusations, les avocats des chroniqueurs embouchent l’évidente trompette qui avait sans doute dissuadé un dépôt de plainte par les proches du chef de l’État eux-mêmes : dans la vidéo, le nom de Bassirou Diomaye Faye n’est jamais cité.
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Président vs président
L’avocat Aby Nar Ndiaye tente ainsi d’anesthésier l’argumentaire d’offense au chef de l’État, en insistant sur le fait que les trois personnes interpellées « ne parlent pas du président de la République ». Si chacun peut se faire son opinion, au regard des actuelles bisbilles politiciennes au sommet de l’État, l’avocat l’affirme : « Leur dessein n’était pas de diriger de tels propos à l’encontre du président de la République. » Et de conclure qu’« on aurait donc dû les relâcher ».
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Sans surprise, les conseils de Darou, Thiep et Touba déportent donc le débat sur le terrain d’une présumée persécution politique : « Nous estimons que c’est une manière d’apeurer la jeunesse qui est derrière le président Ousmane Sonko ». Et le maire Pastef de Dakar d’entrer dans la danse, dénonçant l’arrestation des trois hommes.
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Alors que Faye et Sonko esquissaient une sorte d’État bicéphale il y a deux ans, le premier a limogé le second en mai dernier de son poste de Premier ministre, lequel a rebondi en s’installant au perchoir de l’Assemblée nationale.
La Matinale.
Damien Glez
Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.