En 2025, le Kenya a exporté 652 792 tonnes de thé, soit 4,35 % de plus qu’en 2024. Si ces chiffres fournis par le Bureau national des statistiques (KNBS) traduisent un niveau record, l’heure n’est pas pour autant à la fête. Les recettes tirées des ventes à l’international n’ont pas suivi la tendance, la valeur totale des expéditions ayant légèrement reculé de 1 %, atteignant 186,9 milliards de shillings (environ 1,2 milliard d’euros).
Un segment d’exportation dépendant du vrac
D’après la KNBS, cette situation est liée à la faiblesse des prix enregistrée aux enchères de Mombasa durant la période considérée. Sur cette place de marché où les ventes ont lieu deux fois par semaine, le prix moyen de la feuille a été de 2,15 dollars (1,82 euro) par kg contre 2,19 dollars (1,85 euro) un an plus tôt. Au-delà de la contre-performance, ces données viennent illustrer un paradoxe récurrent.
Premier exportateur mondial de thé noir devant la Chine et le Sri-Lanka, le Kenya est pourtant le pays du Top 3 qui tire le moins de gains de ses exportations, la faute à la domination écrasante du thé noir CTC (Cut-Tear-Curl), qui représente 99% des volumes exportés. Vendu en vrac aux enchères de Mombasa, ce thé est souvent utilisé dans des mélanges avec d’autres thés, emballé et vendu à l’étranger sans indication d’origine, selon l’Agence kényane pour la promotion et l’image des exportations (KEPROBA).
D’après l’organisme public, le Sri Lanka exporte quant à lui près de 48% de son thé en paquets conditionnés (moins de 3 kg), ce qui lui permet de maximiser la valeur unitaire de chaque kilogramme exporté. Par ailleurs, bien que le thé noir soit populaire pour son goût prononcé et sa facilité d’usage en sachets, il est souvent perçu comme standardisé et bas de gamme comparativement aux thés de spécialité comme les thés verts, pourpre ou orthodoxe, qui offrent des bénéfices mieux reconnus sur la santé, et se vendent à des prix plus élevés.
Selon les données, les exportations kenyanes comprennent à peine 1% de thés de spécialité.
Une course pour inverser la tendance
Face à cette situation, les autorités accélèrent les initiatives pour créer plus de valeur ajoutée. Annoncées depuis 2017, les premières enchères de thé orthodoxe de spécialité produit au Kenya ont ainsi été lancées le 24 septembre 2025 à Mombasa. Cette démarche a permis d’offrir 1 300 tonnes de thé jusqu’à fin décembre à un prix moyen de 3,20 dollar kg (2,70 euros), soit 50% de plus que le thé noir. Le même mois, le gouvernement a affiché l’ambition de porter la production de thé orthodoxe à 200 000 tonnes d’ici 2030, contre 15 000 actuellement.
Cette ambition s’inscrit dans le cadre du programme de transformation économique ascendante (BETA), lancé sous l’administration du président William Ruto à partir de 2022. Plus tôt en mai 2025, les autorités ont aussi annoncé une exonération fiscale sur les matériaux d’emballage du thé, pour réduire les coûts de production et améliorer le conditionnement.
Si ces différents efforts sont salutaires pour la filière, ils devront aussi s’accompagner d’efforts de diversification des débouchés, au-delà des marchés traditionnels pour le thé noir. Actuellement, environ 85% du stock de thé écoulé sur le marché mondial est absorbé par 10 pays, à savoir le Pakistan, l’Égypte, le Royaume-Uni, les Émirats arabes unis, le Soudan, la Russie, le Yémen, l’Afghanistan, le Kazakhstan et l’Arabie Saoudite.
Sur un autre plan, la montée en régime souhaitée par les pouvoirs publics dans les thés de spécialité testera non seulement la capacité des acteurs locaux à fournir en quantité et en qualité le produit, mais aussi à tenir face à la concurrence à l’export sur ce segment de niche.