Les dromadaires sont les navires du désert. Ils transportent des charges à travers les dunes, fournissent du lait aux éleveurs et supportent mieux les fortes chaleurs que presque tous les autres animaux d’élevage. Mais dans la Corne de l’Afrique, la fournaise devient désormais insupportable, même pour eux.

Les éleveurs des zones arides de la Corne de l’Afrique (Ethiopie, Somalie, Djibouti, Erythrée, Kenya oriental) signalent aujourd’hui que leurs dromadaires peinent parfois à marcher. Certains ont les yeux larmoyants, d’autres des ampoules aux pattes. Et lorsqu’ils s’allongent sur le sable brûlant, la peau de leur ventre et de leurs pattes peut littéralement brûler. Dans certains cas, ils perdent même leur pelage.

Le stress thermique entraîne également une diminution de leur appétit. Ils maigrissent et produisent moins de lait. Parallèlement, leur système immunitaire s’affaiblit, les rendant plus vulnérables aux infections. Dans les régions les plus touchées, les vétérinaires constatent déjà une augmentation de la mortalité, notamment chez les jeunes animaux.

Deux dromadaires transportent des branches à Jigjiga, en Ethiopie, le dimanche 25 octobre 2015. [© KEYSTONE / DOMINIC STEINMANN - DOMINIC STEINMANN] Deux dromadaires transportent des branches à Jigjiga, en Ethiopie. [© KEYSTONE / DOMINIC STEINMANN – DOMINIC STEINMANN] Normalement très résistants à la chaleur

Les dromadaires sont normalement résistants à la chaleur. Ils supportent généralement très bien des températures extérieures allant jusqu’à 40 degrés. En effet, ils peuvent augmenter leur température corporelle pendant la journée. De ce fait, ils transpirent moins et économisent ainsi l’eau. Cependant, si la chaleur persiste et ne baisse pas la nuit, ils ne peuvent plus évacuer efficacement la chaleur.

Or, l’évolution climatique dans la Corne de l’Afrique se caractérise par une hausse marquée des températures et une recrudescence des sécheresses extrêmes. Les températures moyennes augmentent plus vite que la moyenne mondiale, dépassant fréquemment 45 à 50 degrés dans les zones les plus arides et les basses terres.

Le dromadaire, pilier des sociétés pastorales de la Corne de l’Afrique

Des millions de têtes de bétail ont déjà péri, fragilisant l’élevage traditionnel. L’insécurité alimentaire aiguë touche des millions de personnes en Éthiopie, en Somalie et au Kenya, poussant les populations à la famine ou au déplacement climatique.

Dans cette région de l’Afrique de l’Est, les dromadaires sont à peu près ce que les vaches étaient autrefois en Suisse. Ils fournissent du lait, symbolisent la prospérité et assurent la sécurité financière des familles.

Une Érythréenne avec ses dromadaires sur la route reliant Massawa à Asmara, à Anseba, dans le district de Nefasit, en Érythrée. [Hans Lucas via AFP - ERIC LAFFORGUE] Une Érythréenne avec ses dromadaires sur la route reliant Massawa à Asmara, à Anseba, en Érythrée. [Hans Lucas via AFP – ERIC LAFFORGUE]

Autrefois, le bétail était essentiel à de nombreuses communautés de la Corne de l’Afrique. Cependant, face à la multiplication et à la prolongation des sécheresses, de nombreuses familles ont abandonné les bovins au profit des dromadaires, plus résistants.

>> Ecouter le sujet radio de SRF 4 News du 28 juillet 2026 sur les dromadaires:

Ce changement s’étend même aux rituels de mariage: il arrive désormais que des dromadaires soient demandés en dot, un cadeau de la famille du marié à la mariée, en lieu et place du bétail. Ainsi, si un dromadaire tombe malade ou meurt, la famille perd ses revenus, son moyen de transport et sa principale réserve d’urgence.

Vers de nouveaux conflits territoriaux?

Actuellement, il n’existe pas de solution durable pour ces familles. Elles doivent diviser leurs troupeaux de dromadaires: les animaux laitiers restent près des habitations, car les enfants, notamment, dépendent du lait des femelles dromadaires.

Avec le reste du troupeau, les éleveurs se déplacent vers les points d’eau et les pâturages au gré des saisons. Si ces régions deviennent durablement trop chaudes et arides, cette migration saisonnière ne suffira plus. Les familles devront migrer plus au sud, loin de leurs écoles, des marchés et des sources d’eau habituelles.

Dans ces nouveaux lieux, il y aura très probablement déjà des éleveurs et des agriculteurs, ce qui pourrait engendrer de nouveaux conflits territoriaux.

Sujet original: Sarah Fluck, correspondante pour SRF à Kampala, Ouganda

Adaptation française: Julien Furrer (RTS)