La cérémonie qui s’est tenue ce lundi au Sofitel Hôtel Ivoire d’Abidjan, marque l’ouverture d’une nouvelle ère à la Banque africaine de développement (BAD), sous le signe de « l’urgence » et de « l’action », pour résumer les mots de Sidi Ould Tah. Le désormais président de la première institution financière d’Afrique a prêté serment devant un parterre de personnalités venues des quatre coins du globe, avec la présence en force du gouvernement ivoirien mené par le président Alassane Ouattara, mais aussi celle du président mauritanien Mohamed Ould Ghazouani ou de Rémy Rioux, directeur général de l’Agence française de développement (AFD). Élu en mai dernier lors des assemblées annuelles de la Banque, Sidi Ould Tah s’engage à « bâtir une Afrique robuste et prospère », confiant que « le continent africain continuera à faire preuve de résilience ».
L’économiste et banquier mauritanien prend ainsi les commandes de la BAD dans un contexte international tendu, entre les incertitudes liées aux bouleversements géopolitiques, la remise en cause du multilatéralisme, le recul de l’aide publique au développement, le fardeau de la dette pour de nombreux pays du continent, l’impact négatif des changements climatiques ou encore les retards enregistrés dans l’atteinte des objectifs de développement durable (ODD) dont l’échéance arrive désormais dans cinq ans. « Il est l’homme de la situation », estime Ludovic Ngatsé, ministre du Budget, des Comptes Publics et du Portefeuille Public du Congo Brazzaville et président du Conseil des gouverneurs de la BAD, soulignant que le programme de Sidi Ould Tah « est le mieux à même d’apporter des réponses concrètes aux incertitudes de notre temps » du point de vue de tous les actionnaires de la Banque.
Pour Sidi Ould Tah qui salué le travail de son prédécesseur Akinwumi Adesina, les défis auxquels l’Afrique est confrontée imposent à la Banque de « réviser en toute urgence le schéma d’investissements », en mettant l’accent sur les secteurs dans lesquels l’institution a le plus d’impact, notamment la paix, « sans laquelle aucun développement n’est possible ». Il entend en outre amplifier la collaboration avec les gouvernements, le secteur privé et les partenaires internationaux. D’ailleurs, le président de la BAD – qui a pour ambition de favoriser la création d’« un cadre financier qui serve l’Afrique selon ses propres conditions » – n’écarte pas l’idée d’élargir le partenariat de la Banque à de nouveaux acteurs tels que les fonds souverains et les fonds de pension.
Le leader mauritanien hérite d’une institution vieille de 61 ans, mais qui a bénéficié au cours de la dernière décennie de deux augmentations de capital, lequel s’élève désormais à 318 milliards de dollars. L’institution se félicite également d’avoir débloqué 102 milliards des financements du développement sur la période et d’avoir réussi à maintenir sa notation de crédit AAA. Soulignant les nombreux atouts du continent africain, dont ses ressources naturelles et sa jeunesse, Sidi Ould Tah a présenté ce qu’il appelle « les quatre points cardinaux » de sa stratégie au cours de ses 100 premiers jours de leadership à savoir l’écoute attentive de l’ensemble des collaborateurs de la BAD, le lancement d’un programme de réformes accéléré, l’approfondissement des partenariats et l’accélération des solutions concrètes.
Les résultats de Sidi Ould Tah à la Banque arabe de développement économique en Afrique (BADEA) et son long parcours à la fois gouvernemental et institutionnel ont été déterminants dans sa victoire à l’élection du président de la BAD. Ce docteur en économie et polyglotte – parlant couramment le français, l’anglais et l’arabe tout en maîtrisant le portugais et l’espagnol – s’est arraché la réputation d’« un bon gestionnaire et d’un leader pragmatique », confiait à La Tribune Afrique un investisseur tchadien. Dans un continent où la transformation des ressources naturelles et le développement des infrastructures -pourtant constamment érigés en priorités- ont cependant souvent fait l’objet de lenteur en termes de résultats dans de nombreux pays, le déploiement de la BAD au cours de ce mandat de cinq et renouvelable une fois, pourrait susciter une certaine expectative.