L’Europe face au mur financier de l’adaptation climatique
45 milliards d’euros de dommages annuels affectent désormais les infrastructures européennes, un montant cinq fois supérieur aux années 1980.
7 % de perte de PIB communautaire menacent l’Union européenne d’ici la fin du siècle si le seuil de réchauffement de 1,5 °C est durablement franchi, illustrant l’urgence d’une coordination budgétaire et stratégique accrue.
70 milliards d’euros d’investissements annuels sont requis d’ici 2050 pour sécuriser les secteurs de l’énergie et des transports.
Face au changement climatique, s’adapter plus vite et mieux… au risque d’un coût financier exorbitant. C’est le message que fait passer ce mardi le Conseil consultatif scientifique européen sur le changement climatique. « Il y a un manque de cohérence, un manque de coordination, et aussi un manque de budget », résume cliniquement son président Ottmar Edenhofer. Avec derrière une menace pour la compétitivité et même la sécurité européenne, estiment les chercheurs.
L’inquiétude de haut conseil scientifique est d’autant plus prégnante que selon l’Organisation météorologique mondiale (OMM), le changement climatique a fait de l’Europe le continent qui se réchauffe le plus rapidement au monde. Derrière, l’effet domino opère déjà avec des vagues de chaleur, des inondations, des destructions côtières et des tempêtes beaucoup plus fréquentes et intenses.
Des pertes économiques qui se chiffrent en milliards
Tout cela coûtera cher, rappelle les scientifiques dans leur avis, en s’appuyant sur les chiffres de l’Agence européenne de l’environnement (AEE). Les dommages économiques causés aux infrastructures et aux bâtiments européens par les phénomènes climatiques extrêmes s’élèvent désormais à 45 milliards d’euros par an.
Soit cinq fois plus qu’au cours des années 80, où la facture n’était que de 8,6 milliards d’euros par an. En sachant que les pertes cumulées en 44 ans ont atteint 822 milliards d’euros. Et les choses ne devraient pas s’arranger, d’après une autre étude de l’Université de Mannheim et de la BCE : si les événements extrêmes s’intensifient, le coût pourrait avoisiner les 126 milliards d’euros par an d’ici 2029.
Dans un scénario dépassant les 1,5 °C de réchauffement planétaire, l’Agence européenne de l’environnement indique que l’Union européenne pourrait perdre 7 % du PIB d’ici à la fin du siècle. Une sombre perspective qu’ont déjà vécu certains pays de l’UE, comme la Slovénie frappée par des inondations monstres en 2023. Coût de la reconstruction : 11 % de son PIB.
Investir vraiment dans l’adaptation
D’où l’urgence de s’adapter. Un rapport conjoint de la Commission et du Centre euro-méditerranée sur le changement climatique (CMCC) chiffre à 70 milliards d’euros par an l’investissement nécessaire à l’adaptation de l’UE, d’ici à 2050. Et ce, pour des secteurs économiques clés comme les infrastructures, l’énergie, les transports et l’agriculture.
De leur côté, les chercheurs du conseil scientifique européen recommandent aux États membre de déjà se préparer aux risques associés à un réchauffement de 2,8 à 3,3 °C, d’ici la fin du siècle. À noter que selon dernières estimations de l’ONU, le réchauffement de la température planétaire suit aujourd’hui une trajectoire de hausse de 2,3 à 2,5 °C. Donc au-dessus de la cible des 1,5 °C, visée par l’accord de Paris pour le climat.
Comme actions prioritaires à mener, les chercheurs européens citent plusieurs leviers: ne pas construire des logements dans des zones inondables, planifier le soutien financier aux agriculteurs victimes de sécheresse à répétition, privilégier un urbanisme aidant les villes et leurs habitants à rester au frais durant les canicules.
Investir dans de meilleurs systèmes d’alerte aux aléas climatiques aigus ou encore renforcer la couverture d’assurance, font aussi partie des recommandations. Car seulement un quart des pertes économiques liées au changement climatique dans l’UE sont aujourd’hui assurées. Autant de chantiers sur lesquels la Commission devrait tabler cette année : une nouvelle stratégie sur la « résilience climatique » est censée être publiée en 2026.