A l’occasion de l’événement Volkswagen Indaba 2026, Martina Biene, directrice générale de Volkswagen Group Africa, n’a pas pris de gants pour pointer du doigt les faiblesses industrielles de l’Afrique du Sud en affirmant que des pays concurrents comme le Maroc étaient aujourd’hui plus attractifs pour implanter des usines automobiles.

Le marché automobile stagne en volume en Afrique du Sud

Martina Biene, directrice générale de Volkswagen Group Africa (VWGA), a présenté un diagnostic sévère de la situation en Afrique du Sud affirmant que « l’industrie automobile sud-africaine se trouve à un carrefour décisif de son histoire ». Plusieurs facteurs viennent actuellement ternir le tableau sud-africain. Tout d’abord, le marché automobile local n’est pas monté en puissance comme attendu par les industriels, se situant aux alentours de 600 000 immatriculations de véhicules neufs en 2025, bien loin du million d’unités qui avait été fixé comme jalon par le schéma directeur automobile du pays. « Avec ce volume, l’Afrique du Sud se classe au 23ème rang mondial », pointe Martina Biene, avant d’asséner : « Un seul constructeur en Inde produit davantage que l’ensemble de l’industrie sud-africaine réunie ! Cette absence d’échelle pèse forcément sur les achats, l’investissement des fournisseurs et la compétitivité globale ».

De surcroît, les ventes de voitures produites localement sont en berne. « En 2006, environ 56 % des véhicules vendus en Afrique du Sud étaient fabriqués sur place, mais aujourd’hui, cette proportion est tombée à près de 33 %, les importations représentant 67 % du marché », précise Martina Biene. Dès lors, cela vient questionner la pertinence des investissements relatifs à la production locale.

Volkswagen Polo famille

Volkswagen exporte environ 75 % de ses véhicules produits en Afrique du Sud, principalement vers l’Europe

Par ailleurs, à ses yeux, l’Afrique du Sud n’a ni anticipé ni accompagné le développement du véhicule électrique drivé par l’Europe. A court terme, cela peut venir gripper les exportations vers l’Europe. A ce stade, il convient de rappeler que Volkswagen exporte environ 75 % de ses véhicules produits en Afrique du Sud, l’Europe absorbant l’essentiel de ces flux. Les pénalités financières liées aux émissions de CO2 s’invitent alors dans les calculs de Martina Biene : « Dès 2026, nous constatons une coupe de l’ordre de 20 000 véhicules dans notre carnet de commandes européen en raison de la fiscalité carbone. Si cette tendance se prolonge, les conséquences sur les volumes seront significatives », déplore-t-elle.

Enfin, l’instabilité politique en Afrique du Sud n’incite pas à envisager des développements industriels majeurs, au même titre que le flou qui vient cerner les schémas d’incentives.

Volkswagen vante clairement l’attractivité du Maroc

En somme, le compte n’y est pas et le groupe Volkswagen étudie une réorientation de ses futurs investissements industriels vers d’autres pays au premier rang desquels figure le Maroc. Le Royaume marocain a le vent en poupe en faisant valoir sa stabilité énergétique, sa proximité géographique avec l’Europe et des success stories industrielles de premier ordre, notamment Tanger 1 et 2 ou encore Kénitra. Des exemples qui attestent en outre que la supply chain est déjà implantée et éprouvée.

La compétition pour l’allocation des capitaux est désormais mondiale et. « Les dirigeants du siège de Wolfsburg ne regardent pas si l’Afrique du Sud est légèrement meilleure que l’année dernière. Ils comparent l’Afrique du Sud au Maroc, à l’Inde, à d’autres marchés en concurrence pour les mêmes investissements », met encore en garde Martina Biene.

Kariega reste une usine importante pour Volkswagen et le berceau de la Polo

Volkswagen usine Kariega SA

Toutefois, Martina Biene n’a pas fait que froncer les sourcils en confirmant notamment que VWGA comptait mettre en place une troisième ligne de production dans l’usine de Kariega, en 2027, comme cela était prévu. Créé en 1951, le site s’étend sur 518 378 m², avec une capacité de production journalière de 710 véhicules des gammes Polo, Polo GTI, Polo Vivo, en plus des blocs moteurs EA111. L’extension concerne la production du crossover Tengo qui rejoindrait donc les Polo Vivo (2ème génération) et Polo (Phase 6). Selon les plans industriels actuels du groupe, la Polo doit approvisionner les marchés européens jusqu’en 2035, tandis qu’en 2027, une version hybride de la Polo sera également introduite, permettant un transfert de technologie avec le Tengo.

Toyota, Suzuki et Volkswagen sur le podium du marché sud-africain

Rappelons que VWGA a clôturé l’année 2025 avec son troisième meilleur résultat de ventes, soit 156 837 unités, dont 119 771 destinées à l’exportation. Selon Martina Biene, la marque peut difficilement rivaliser avec des concurrents comme Suzuki sur le plan des prix. En effet, Suzuki importe la majeure partie de sa gamme d’Inde, un pays où le coût moyen de la main-d’œuvre est largement inférieur, de presque 50 %, à celui de l’Afrique du Sud.

En janvier 2026, Suzuki a immatriculé 6 410 véhicules, devançant VWGA, troisième avec 4 774 véhicules. Toyota, qui produit des véhicules au KwaZulu-Natal et importe des modèles Suzuki rebadgés d’Inde, reste le leader du marché sud-africain, avec 11 786 voitures vendues le mois dernier.