Face à une économie souterraine qui grignote ses ressources aurifères, le Sénégal passe à l’offensive technologique. En numérisant l’identification des orpailleurs, l’État espère transformer une filière opaque en levier de développement.

Le ministère sénégalais des Mines et de la Géologie, et la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) ont signé, le jeudi 30 juillet, une convention pour la mise en place d’un système d’identification biométrique des orpailleurs, doublée de la délivrance de cartes professionnelles sécurisées. Cette initiative vise à faire amener sur les radars de l’État une filière longtemps restée informelle, et à en reprendre progressivement le contrôle.

Paraphée par le ministre Cheikh Oumar Seck, et le directeur général de la CDC, Fadilou Keïta, la convention confie à Synapsys Conseils SA, filiale spécialisée de la Caisse, le déploiement d’un dispositif moderne d’enrôlement biométrique et de gestion des données des acteurs de l’orpaillage. L’objectif est de constituer une base de données fiable et exhaustive, couvrant l’ensemble du territoire national, afin de mieux identifier qui exploite, où et dans quelles conditions.

Ce mécanisme doit également faciliter la traçabilité des flux, renforcer la protection sociale des orpailleurs et l’encadrement administratif d’une population jusqu’ici largement en marge des statistiques officielles. Les autorités y voient à la fois un outil de gouvernance minière et un levier pour mieux répondre aux attentes des communautés vivant de cette activité. Le partenariat prévoit par ailleurs une augmentation de la participation de l’État dans le capital des grandes sociétés minières.

Cette numérisation survient dans un contexte où l’orpaillage artisanal reste, au Sénégal, une activité massivement informelle. La région de Kédougou, dans le sud-est du pays, concentre à elle seule la quasi-totalité des sites recensés, mais une large part de la production continue d’échapper à tout contrôle fiscal. « Chaque année, ce sont plus de 350 milliards FCFA (environ 614,4 millions USD) qui échappent aux caisses du Trésor public, en raison d’une production artisanale massive, estimée à plus de 40 tonnes d’or, qui manque totalement de traçabilité et contribue à alimenter divers trafics », a expliqué le ministre Cheikh Oumar Seck.

Au-delà du manque à gagner financier, l’absence de traçabilité alimente d’autres inquiétudes, telles que la pollution des cours d’eau, l’insécurité et les risques d’infiltration de groupes criminels dans les zones d’exploitation.

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