Un sondage
paneuropéen inédit bouscule le duel Tesla-BYD en révélant le poids
politique d’Elon Musk. Entre image écornée et montée chinoise, les
acheteurs européens tracent une nouvelle ligne rouge.

Voir
Tesla
perdre des points d’image en Europe pour des raisons
politiques, pendant qu’un constructeur chinois progresse malgré ses
liens avec Pékin, ce n’est pas exactement le scénario que beaucoup
imaginaient. C’est pourtant ce que révèle un nouveau sondage à
l’échelle de l’Union européenne, qui mesure finement ce que les
automobilistes pensent des voitures électriques, des marques… et de
leurs dirigeants les plus exposés.

Derrière ce basculement se trouve l’Electric
Vehicle Intelligence Report
de juillet 2026, qui
a interrogé 1 861 consommateurs dans les 27 pays de l’UE, en ligne,
entre le 16 et le 21 juillet 2026, avec une marge d’erreur de ±2,3
points. Son constat est clair : en Europe, les prises de position
politiques d’Elon Musk pèsent plus lourd sur
l’image de Tesla que les liens de
BYD avec l’État chinois ne pénalisent la marque,
un renversement de perspective qui recadre aussi le match « Made in
USA » contre « Made in China ».

Enquête EVIR : Elon Musk, principal handicap de Tesla en
Europe

Selon ce rapport, l’image personnelle d’Elon
Musk
est déjà largement dégradée à l’échelle de l’UE. Sa cote
de popularité nette atteint −31, avec 58 % d’opinions défavorables
pour seulement 27 % de favorables. Quand on demande directement aux
Européens l’effet de sa présence à la tête de Tesla, 39 % déclarent
qu’il détériore leur perception de la marque, 13 % estiment au
contraire qu’il l’améliore, et 35 % disent qu’il ne change rien.
L’étude souligne aussi que la perception de Musk est négative dans
tous les grands marchés : sa favorabilité nette varie de −17 en
Pologne à −48 aux Pays-Bas, avec l’Allemagne à −42 et la France à
−41.

Nouveau documentaire Sky Elon Musk met Tesla sous pression ©
Shutterstock

Elon Musk
est devenu un personnage très controversé.

Le rapport va plus loin en testant l’impact de son engagement
politique. Quand les répondants sont explicitement rappelés à ses
dons et à son soutien à Donald Trump, la cote
nette d’Elon Musk plonge de −31 à −47. La réaction ne se limite pas
à l’homme : la favorabilité de la marque Tesla descend alors à −42,
et la probabilité d’achat à −40. Les auteurs du rapport indiquent
qu’il s’agit là du facteur le plus dommageable pour Tesla parmi
toutes les données testées. Dans le même temps, sur 28 marques
automobiles étudiées, Tesla affiche le plus mauvais score de
favorabilité nette (−4) et, de loin, le pire score d’intensité
d’opinion (−10), là où beaucoup de concurrents – y compris des
marques chinoises ou des acteurs américains de la voiture autonome
comme Waymo ou Cruise – sont plutôt perçus comme neutres, donc
moins rejetés.

BYD, la Chine et un duel de plus en plus serré face à
Tesla

Le même sondage montre que les liens de
BYD
avec l’État chinois jouent bien un rôle
dans l’esprit des Européens, mais dans des proportions plus
limitées. Un quart des répondants (25 %) déclarent que ces liens
les rendent moins favorables à BYD, 12 % jugent au contraire que
cela améliore leur opinion, et 40 % estiment que cela ne change
rien. Au total, le « malus Chine » ressort à un score net de −13.
L’Electric Vehicle Intelligence Report précise que
ce handicap est environ deux fois inférieur à celui imputable à
Elon Musk pour Tesla, évalué à −26. Ce résultat reste stable quels
que soient les niveaux de patriotisme déclarés : Européens
« patriotes » (−12) et « non patriotes » (−13) réagissent presque de la
même manière face à la présence de l’État chinois au capital de
BYD.

Sur le terrain du choix de voiture, l’équilibre entre les deux
marques surprend. Interrogés sur deux modèles de prix comparable,
29 % des participants choisissent une Tesla, 27 %
une BYD. Et chez les consommateurs qui envisagent déjà de passer au
véhicule électrique, l’avantage bascule même vers le chinois : 40 %
se tournent vers BYD, contre 36 % vers Tesla. Cela alors que BYD
reste beaucoup moins connue que sa rivale américaine en Europe,
comme le souligne le rapport. Sur le marché, cette montée en
puissance se traduit déjà : des données recensées par JATO Dynamics
et reprises dans la presse indiquent que BYD a, pour la première
fois, immatriculé davantage de voitures électriques que Tesla en
Europe sur un mois donné, avec 7 231 véhicules contre 7 165 en
avril, pendant que Tesla voit ses volumes osciller fortement d’un
pays à l’autre.

Derrière ce duel, l’étude met enfin en lumière un contexte plus
large qui parle directement aux acheteurs européens. Lorsqu’on
demande aux répondants ce qu’ils pensent d’une voiture « Made in
USA » ou « Made in China », les deux étiquettes subissent un handicap
comparable : les marques américaines affichent une favorabilité
nette de −31, très proche du −32 associé aux marques chinoises,
bien loin derrière l’Allemagne (+51), le Japon (+24), la France
(+21) ou la Suède (+20). Le rejet observé autour d’Elon Musk et de
Tesla ne se confond donc pas avec un rejet de la voiture électrique
en général. L’EVIR souligne d’ailleurs que les opinions sur les
véhicules électriques et sur la légalité du système
Full Self-Driving
de Tesla sont bien moins polarisées que
celles qui entourent Musk lui-même, un contraste qui illustre à
quel point la figure du dirigeant peut, aujourd’hui, peser sur la
trajectoire d’une marque automobile.