Dans les différents espaces de l’hôtel, Zeina Aboukheir et l’architecte Dina Abou Alia ont choisi de conserver ou d’intégrer des éléments anciens : on retrouve ainsi des ornements muraux d’origine dans ce salon extérieur.
Il faut s’échapper du tumulte du Caire et rouler pendant deux heures pour atteindre le village de Tunis. Posé sur la rive sud du lac Qarun, aux portes de l’oasis du Fayoum, il s’étire entre palmeraies et désert. Les maisons de terre aux toits voûtés se fondent dans le paysage, entourées de jardins sauvages où s’épanouissent figuiers, bougainvilliers et hibiscus. Les journées s’écoulent dans un calme absolu, parfois troublé par le passage d’un âne ou le ronronnement d’une moto. Ce territoire a longtemps été prisé des Cairotes, autant pour les échappées qu’il offre que pour son artisanat, en particulier la céramique, dont les ateliers jalonnent les rues du village. C’est dans ce décor que s’inscrit la Villa Fayoum, une nouvelle adresse discrète installée dans une ancienne maison d’artiste. Derrière ce projet, on retrouve la signature de Florian Amereller, actuel propriétaire de l’hôtel Al Moudira à Louxor, et celle de Zeina Aboukheir, sa fondatrice. Ensemble, le duo prolonge sa vision commune de l’hospitalité : des lieux ancrés dans leur environnement, où architecture, artisanat et art de vivre se répondent. En effet, Al Moudira s’impose depuis plus de vingt ans comme une adresse emblématique, entre villas, ateliers d’artisans et potager. Le lieu s’est même récemment doté d’un restaurant tourné vers une cuisine locale et saisonnière.
Une cheminée ottomane prend place dans la salle à manger d’hiver.
Villa Fayoum décline cet esprit dans une version plus intimiste. Par sa taille, déjà : l’hôtel dispose seulement d’une dizaine de suites, où les espaces s’articulent autour de la maison, de la piscine et d’un jardin plus resserré. Les intérieurs ont été restaurés avec soin, parfois agrandis, en conservant leurs volumes et leurs détails d’origine : les murs aux teintes sableuses captent la lumière du désert, tandis que les sols, les menuiseries et les matières prolongent ces tonalités. L’intervention de Zeina Aboukheir, en collaboration avec l’architecte Dina Abou Alia, se révèle à travers un ensemble d’objets et de références soigneusement réunis : mobilier ancien, étoffes travaillées, pièces chinées au Caire ou ailleurs sont assemblés sans hiérarchie apparente. Cet éclectisme maîtrisé traduit sa capacité à faire dialoguer les époques et les influences avec une forme d’évidence. Plutôt qu’un décor figé, la villa se présente comme une composition vivante, une curation d’époques où se rencontrent lits victoriens, tables à motifs d’arabesques, photographies anciennes et objets du quotidien. Loin de toute mise en scène, chaque élément semble avoir trouvé naturellement sa place au fil du temps.

Cette manière de travailler tient autant du regard que de l’instinct, et confère au lieu l’atmosphère chaleureuse d’une maison de famille où rien ne semble avoir bougé depuis des décennies. On s’approprie l’endroit naturellement, avec une familiarité immédiate : en s’installant dans le salon extérieur, doté de murs révélant des motifs originaux en relief et des canapés recouverts de tapis chinés ; autour de la table du jardin d’hiver, dominée par une sublime cheminée ottomane ancienne ; ou en déambulant d’une pièce à l’autre, le regard retenu par une chaise syrienne ou un détail singulier. À l’extérieur, les jardins se déploient sur 6 000 m2 autour d’une piscine en granit doré et pierre du Sinaï, où l’on peut se détendre à l’ombre des palmiers. Depuis certains espaces de l’hôtel, on aperçoit le lac Qarun, l’un des plus grands d’Égypte, où l’on peut souvent observer des ibis, des pélicans et des hérons. À quelques minutes à pied, les ateliers de poterie font partie intégrante du paysage. Derrière les échoppes des artisans, les gestes se répètent, précis, transmis d’une génération à l’autre, tandis qu’un peu plus loin, le désert porte d’autres récits. Wadi Al-Hitan est un site archéologique exceptionnel où des fossiles de baleines émergent du sable, tandis qu’à Médinet Mâdi, les vestiges d’un sanctuaire du Moyen Empire prolongent une histoire millénaire. Autant de présences qui rappellent, à l’image de la villa elle-même, que le Fayoum est un territoire profondément traversé par le temps, où les strates se superposent sans jamais disparaître tout à fait.

