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Dans une grotte d’Afrique du Sud, des archéologues viennent de repousser de plusieurs centaines de milliers d’années la date à laquelle nos ancêtres maîtrisaient le feu. Des ossements brûlés découverts à 30 mètres de l’entrée, datés entre 1,07 et 1,79 million d’années, constituent ce qui pourrait être la plus ancienne preuve d’utilisation contrôlée du feu jamais mise au jour.
Ce que vous allez apprendre
Ce que la grotte de Wonderwerk a révélé dans ses couches les plus profondes
Comment une technique de luminescence osseuse a permis d’identifier des os brûlés vieux de près de deux millions d’années
Pourquoi cette découverte repose la question de la maîtrise réelle du feu par les premiers humains
Une grotte qui réécrira peut-être l’histoire humaine
La grotte de Wonderwerk, en Afrique du Sud, est depuis longtemps l’un des sites archéologiques les plus riches du continent. C’est là qu’avait déjà été mise au jour la preuve d’une utilisation du feu remontant à environ un million d’années — des ossements calcinés, des sédiments altérés et des outils en pierre modifiés par la chaleur, tous concentrés dans une couche baptisée Stratum 10.
Les chercheurs ont cette fois creusé plus profond, jusqu’au Stratum 11. Ce qu’ils y ont trouvé pourrait redéfinir le point de départ de notre relation avec le feu.
Des os qui brillent sous la lumière bleue
La clé de cette découverte tient à une technique d’analyse récente : la luminescence osseuse. Le principe est simple mais spectaculaire. Une lumière bleue à haute énergie est projetée sur des fossiles placés sous microscope. Les ossements brûlés répondent au signal en s’illuminant d’un rouge vif à travers un filtre — une signature optique impossible à confondre.
C’est grâce à cette méthode que des ossements de petits mammifères extraits du Stratum 11 ont été identifiés comme ayant subi une combustion. Leur localisation à 30 mètres de l’entrée de la grotte écarte immédiatement toute hypothèse d’incendie naturel : aucun feu de forêt n’aurait pu laisser de telles traces aussi profondément à l’intérieur.
(a) Photographie prise à la lumière naturelle de phalanges expérimentales modernes brûlées. (b) Photographie prise sous lumière ultraviolette bleue (BL-B) de phalanges expérimentales modernes brûlées. (c) Photographie prise à la lumière naturelle de fossiles de petits mammifères brûlés et non brûlés provenant de la grotte de Wonderwerk. (d) Photographie prise sous lumière ultraviolette (BL-B) : les os fossilisés brûlés deviennent opaques et d’un violet foncé, tandis que les fossiles non brûlés brillent intensément (astérisques). (e) Détail de la lame en bas à gauche (rectangle vert). Le fossile à droite de la lame (astérisque) présente une couleur jaunâtre indiquant qu’il n’est pas brûlé.Crédit : PLOS One (2026).(a) Photographie prise à la lumière naturelle de phalanges expérimentales modernes brûlées. (b) Photographie prise sous lumière ultraviolette bleue (BL-B) de phalanges expérimentales modernes brûlées. (c) Photographie prise à la lumière naturelle de fossiles de petits mammifères brûlés et non brûlés provenant de la grotte de Wonderwerk. (d) Photographie prise sous lumière ultraviolette (BL-B) : les os fossilisés brûlés deviennent opaques et d’un violet foncé, tandis que les fossiles non brûlés brillent intensément (astérisques). (e) Détail de la lame en bas à gauche (rectangle vert). Le fossile à droite de la lame (astérisque) présente une couleur jaunâtre indiquant qu’il n’est pas brûlé.
Entre 1,07 et 1,79 million d’années
Pour dater ces événements de combustion, l’équipe a combiné deux techniques complémentaires : la magnétostratigraphie, qui analyse l’orientation des particules magnétiques dans les sédiments, et la datation par enfouissement cosmogénique, qui mesure l’accumulation de certains isotopes rares dans les roches enfouies.
La fourchette obtenue — entre 1,07 et 1,79 million d’années — place ces traces de feu dans le Pléistocène inférieur, une époque où le genre Homo en était encore à ses premières formes évoluées. C’est potentiellement la preuve la plus ancienne d’utilisation du feu jamais documentée.
Une maîtrise partielle, pas encore une révolution
Les auteurs sont prudents sur ce que cette découverte implique réellement. Les traces retrouvées suggèrent des événements de combustion répétés et spatialement organisés au fond de la grotte — ce qui indique une présence humaine délibérée avec du feu, pas simplement un accident.
Mais elles ne démontrent pas encore la maîtrise de techniques d’allumage ni une utilisation à grande échelle pour la cuisson. Il s’agirait plutôt d’une capacité à introduire, entretenir et contrôler le feu par épisodes successifs — une étape intermédiaire dans une longue histoire qui mène, bien plus tard, à la transformation complète de notre alimentation et de notre mode de vie.