C’est un coup dur pour la DZ Mafia, la puissante organisation criminelle qui domine le narcotrafic à Marseille et dont le réseau tentaculaire s’étend à la France entière. Mehdi Laribi, un de ses fondateurs présumés, a été arrêté fin juillet en Algérie, le pays dont le terme de Djazaïr en arabe a donné son nom à la DZ Mafia. Le Franco-Algérien de 36 ans, originaire de la cité Bassens à Marseille, a été placé sous contrôle judiciaire par la justice algérienne. Son interpellation est le fruit d’une relance de la coopération judiciaire entre la France et l’Algérie, après des années de crise diplomatique liée notamment à un alignement de Paris sur les positions du Maroc.
Les relations franco-algériennes se sont réchauffées, ouvrant la voie à une visite du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez à Alger en février 2026, puis celle du ministre de la Justice Gérald Darmanin trois mois plus tard. Ils n’ont pas obtenu cependant la libération du journaliste sportif français Christophe Gleizes, toujours détenu en Algérie. En mai, le garde des Sceaux avait remis à son homologue algérien une liste d’une dizaine de membres de la DZ Mafia réfugiés en Algérie. C’est de ce pays qu’ils piloteraient à distance leurs activités criminelles après y avoir placé une partie de leurs avoirs financiers issus du trafic de drogue. « Mehdi Laribi était en Algérie pour pouvoir continuer à gérer ses opérations. C’est un grand importateur de drogue. La question c’est de savoir si son contrôle judiciaire l’empêche de communiquer et donc de poursuivre ses activités criminelles », commente Davide Bremi, chercheur en criminologie au Cnam (Conservatoire national des arts et métiers).
Un mandat d’arrêt international
Gérald Darmanin a remercié l’Algérie pour sa coopération et l’interpellation « d’une cible prioritaire dans la lutte contre la drogue et la criminalité organisée ». Mehdi Laribi doit son surnom « Tic » au personnage de jeune délinquant, « Rachitique », qu’il incarnait en 2008 dans le film Khamsa du réalisateur Karim Dridi. Le narcotrafiquant faisait l’objet d’un mandat d’arrêt international dans le cadre de l’opération Octopus, un vaste coup de filet qui a débouché sur 26 mises en examen en mars dernier, dont celles de trois autres chefs de la DZ Mafia détenus dans des prisons de haute sécurité.
En janvier 2025, la France avait obtenu du Maroc l’extradition du narcotrafiquant marseillais Félix Bingui quelques mois après avoir reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Le chef présumé du clan Yoda et Mehdi Laribi étaient en première ligne dans les règlements de compte entre organisations rivales qui ont fait 47 morts en 2023 à Marseille, avant de tourner à l’avantage de la DZ Mafia.
Pas d’extradition d’Algériens
La France a peu de chances d’obtenir l’extradition de Mehdi Laribi car l’Algérie n’extrade pas ses ressortissants. « L’Algérie pourrait toutefois le juger sur place sur la base des renseignements français mais seulement pour des crimes commis en Algérie », explique Davide Bremi.
Mardi, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a donné une interview dans laquelle il fait de la lutte contre la criminalité organisée et le narcotrafic une priorité nationale. L’Algérie a récemment rétabli la peine de mort pour les narcotrafiquants. L’arrestation de Mehdi Laribi intervient à un moment où le narcotrafiquant était fragilisé. « Il avait été mis à l’écart par les chefs de la DZ Nouvelle Génération, une scission au sein de la DZ Mafia », explique Davide Bremi.