Le secteur viticole français traverse une nouvelle zone de turbulences. À l’ouverture du salon Wine Paris, la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux (FEVS) a confirmé une troisième année consécutive de repli des ventes à l’étranger. Après une baisse de 5,9 % en 2023 et de 4 % en 2024, les exportations ont chuté de 8 % supplémentaires en 2025, pour atteindre 14,3 milliards d’euros. En trois ans, la filière a ainsi perdu près de 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires à l’international, contre 17,2 milliards en 2022.
Cette dégradation s’explique en grande partie par le climat commercial tendu avec les deux principaux débouchés du vin français : les États-Unis et la Chine. Outre-Atlantique, les menaces de taxation massive brandies par Donald Trump ont pesé sur les commandes, même si les droits de douane ont finalement été limités à un niveau inférieur aux annonces initiales. L’effet psychologique a toutefois été immédiat, les importateurs et consommateurs ralentissant leurs achats dans un contexte de hausse des prix. Le taux de change défavorable entre le dollar et l’euro a accentué le renchérissement des bouteilles, pesant directement sur la demande. Résultat, les exportations vers les États-Unis ont reculé de plus de 20 % en un an, pour tomber à environ 3 milliards d’euros.
La Chine a suivi la même trajectoire. Les mesures antidumping mises en place par Pékin ont renchéri les prix et freiné les importations, qui ont également reculé d’environ 20 %. Ce double choc sur les deux premiers marchés de la filière a fortement contribué à la contraction globale des exportations françaises.
Face à ce contexte, les producteurs cherchent désormais de nouveaux relais de croissance. L’Afrique apparaît comme l’un des marchés les plus prometteurs, portée par l’essor des classes moyennes urbaines et une demande croissante pour les produits premium. L’Afrique du Sud illustre cette tendance, avec une progression des exportations françaises de plus de 20 % sur l’année, à environ 182 millions d’euros. La profession pousse désormais pour la conclusion d’un accord commercial avec Pretoria afin de réduire les droits de douane et de sécuriser ce marché.
Nouvelles destinations clées
Autre priorité : l’Inde. Un accord conclu fin janvier prévoit une réduction progressive des droits de douane sur les vins importés, aujourd’hui très élevés. Ceux-ci devraient passer de 120 % à 75 % dans un premier temps, avant de tomber à 20 % d’ici sept ans. Pour les exportateurs, ce marché représente un potentiel considérable, notamment auprès d’une clientèle jeune et urbaine, curieuse de découvrir les produits occidentaux.
L’Australie figure également parmi les destinations jugées stratégiques, en particulier pour les vins haut de gamme. Même si ces marchés restent encore modestes comparés aux États-Unis, ils constituent des pistes de diversification indispensables pour réduire la dépendance à quelques grands clients.
La filière ne s’attend toutefois pas à un rebond immédiat. Le développement de ces nouveaux marchés exige des investissements commerciaux, du temps et une adaptation aux goûts locaux. Les professionnels espèrent néanmoins une stabilisation en 2026, avec un apaisement des tensions commerciales et un redémarrage progressif des commandes américaines, dont les stocks avaient été constitués en urgence fin 2024.
Si un retour aux niveaux records de 2022 semble encore lointain, le secteur mise sur une reprise graduelle. L’objectif, pour les producteurs, est désormais moins de retrouver une croissance rapide que de reconstruire des débouchés plus diversifiés et plus résilients face aux chocs géopolitiques.
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