Le Maroc change de statut sur la carte des migrations. Longtemps considéré comme un pays de transit vers l’Europe, le Royaume attire désormais un nombre croissant d’étrangers qui choisissent de s’y installer durablement. C’est le constat dressé par le Conseil économique, social et environnemental (CESE) dans son rapport annuel 2024.

En s’appuyant sur les données du Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH 2024), le Conseil rappelle que 148.152 étrangers résident légalement au Maroc, contre 84.000 en 2014. Une progression de plus de 76 % qui, selon l’institution, traduit une transformation durable des dynamiques migratoires.

Cette évolution ne se résume pas à une hausse des effectifs. Elle reflète un changement de profil des migrations. Les étrangers installés au Maroc sont majoritairement en âge de travailler : 80,1 % ont entre 15 et 64 ans. Plus de la moitié (55,3 %) se sont établis dans le Royaume depuis 2021, preuve que cette dynamique s’est accélérée ces dernières années.

Le rapport montre également que les ressortissants d’Afrique subsaharienne constituent aujourd’hui la principale communauté étrangère installée au Maroc. Ils représentent 59,9 % des résidents étrangers recensés.

Autre enseignement : le Maroc n’accueille plus uniquement des migrants de passage. Le travail et le regroupement familial représentent près de 74 % des motifs de résidence, signe que les projets migratoires s’inscrivent désormais dans la durée.

Pour le CESE, cette mutation intervient alors que le Royaume fait face à une transition démographique majeure. La croissance de la population ralentit, le taux de fécondité est tombé à 1,97 enfant par femme, tandis que le vieillissement s’accélère. D’ici 2040, près d’un Marocain sur cinq aura plus de 60 ans, contre 13,9 % aujourd’hui.

Dans ce contexte, le Conseil estime que la politique migratoire doit changer de dimension. Le cadre juridique actuel, encore largement fondé sur la loi 02.03, ne répond plus aux réalités d’un pays devenu une destination d’installation. L’institution appelle ainsi à accélérer l’adoption des textes relatifs au séjour des étrangers et au droit d’asile, tout en facilitant leur accès à l’emploi, à la formation et aux services publics.

Pour l’institution, une immigration mieux intégrée peut contribuer à répondre aux besoins de certains secteurs en manque de main-d’œuvre, attirer des compétences et soutenir la croissance. À condition, toutefois, d’accompagner cette transformation par une gouvernance adaptée et une stratégie d’intégration à la hauteur des nouveaux enjeux.