Le «all inclusive», promesse de vacances sans mauvaise surprise, ne se résumera bientôt plus à une formule unique. Plus flexible, plus personnalisé et davantage connecté aux territoires, le modèle est appelé à évoluer au Maroc. Une transformation que défend Zoubir Bouhoute, expert en tourisme, qui plaide pour l’émergence d’un «all inclusive» résolument marocain.
Le «all inclusive» a trouvé sa place dans le paysage touristique marocain. Mais pour Zoubir Bouhoute, expert en tourisme, son évolution ne fait désormais plus de doute, et ce, malgré un succès grandissant. Après avoir séduit les familles grâce à une formule intégrée alliant hébergement, restauration et loisirs, le «tout compris» est aussi appelé à se transformer pour répondre à des attentes de plus en plus diversifiées. L’enjeu n’est plus seulement de proposer une offre globale, mais de la rendre plus flexible, plus personnalisée et davantage connectée aux territoires.
D’un modèle unique à des offres sur mesure
Selon Zoubir Bouhoute, le développement du «all inclusive» a profondément modifié les attentes des voyageurs. Les clients ne jugent plus un hôtel uniquement à la qualité de son hébergement, mais à l’expérience qu’il est capable de proposer. Cette évolution conduit naturellement le secteur à dépasser l’opposition entre la simple nuitée et la formule «tout compris», et à proposer des offres plus diversifiées. L’expert estime ainsi que le marché s’oriente progressivement vers une segmentation plus fine de l’offre. Si les familles continuent de privilégier le «all inclusive» classique, d’autres profils de voyageurs expriment des attentes différentes. Les couples recherchent davantage de liberté pour découvrir la destination, les jeunes souhaitent plus de flexibilité, tandis que les seniors accordent une importance particulière au confort et à certains services spécifiques.
Dans ce contexte, plusieurs modèles pourraient progressivement trouver leur place. L’expert cite notamment la formule «half inclusive», qui associerait petit-déjeuner, un repas principal et accès à certaines infrastructures tout en laissant davantage de liberté aux visiteurs. Il évoque également un «Flexible all inclusive», permettant aux clients de composer eux-mêmes leur séjour en choisissant les prestations qu’ils souhaitent inclure, qu’il s’agisse de la restauration, des activités sportives, du spa, des excursions ou encore des services destinés aux enfants.
L’expert mentionne aussi les systèmes de crédits de consommation, déjà utilisés par certains établissements internationaux, qui offrent au client un budget à utiliser librement au sein de l’hôtel, ainsi que le développement de packages adaptés à différentes périodes de l’année ou à des profils de clientèle spécifiques.
Une formule qui s’adapte aux destinations
Pour Zoubir Bouhoute, cette évolution est d’autant plus pertinente que le Maroc ne se résume pas à une seule forme de tourisme. Le Royaume dispose d’une grande diversité de destinations, chacune avec son identité, ses marchés et ses atouts. Ainsi, Agadir devrait naturellement conserver son positionnement autour du modèle club, porté par son offre balnéaire, ses longs séjours et sa clientèle familiale internationale. Marrakech, de son côté, possède selon lui un potentiel différent.
La ville pourrait davantage développer un modèle hybride associant le confort des resorts à la richesse de son patrimoine culturel, de sa gastronomie et de ses expériences locales. Cette diversité ouvre la voie à des approches différenciées plutôt qu’à une formule uniforme. Pour l’expert, chaque destination est en mesure de construire un modèle correspondant à ses spécificités, qu’il s’agisse du tourisme balnéaire, culturel, de nature ou encore du tourisme familial.
Faire du resort une porte d’entrée vers le territoire
Au-delà des évolutions commerciales, Bouhoute estime que le principal défi du «all inclusive» réside désormais dans son ouverture sur l’environnement qui l’entoure. Selon lui, le resort ne doit plus être pensé comme un espace où le visiteur consomme exclusivement les prestations proposées par l’hôtel. Il peut au contraire devenir un point de départ vers la découverte du territoire.
L’expert plaide ainsi pour une formule intégrant davantage les artisans, les producteurs locaux, la gastronomie marocaine, les excursions, les expériences culturelles ou encore les activités liées au patrimoine et à la nature. Une telle évolution permettrait d’enrichir l’expérience des visiteurs tout en faisant bénéficier l’ensemble de l’écosystème touristique des retombées générées par ces séjours.
Pour Zoubir Bouhoute, le «all inclusive» de demain devra également répondre à des attentes croissantes en matière d’authenticité, de personnalisation et de bien-être. Le développement des circuits courts, la valorisation des produits locaux, les ateliers culinaires, les rencontres avec les artisans ou encore les activités orientées vers la santé et l’équilibre pourraient ainsi prendre une place de plus en plus importante.
L’enjeu n’est donc plus seulement de savoir si le «all inclusive» a vocation à poursuivre son développement au Maroc. Pour l’expert, la question consiste aussi désormais à construire un modèle capable de conjuguer performance économique, qualité de service et valorisation des territoires. Autrement dit, faire émerger un «all inclusive» résolument marocain, où le resort ne constitue plus une fin en soi, mais le point de départ d’une découverte plus large de la destination.
Rabei Benkiran / Les Inspirations ÉCO
L’émission
Chaque semaine, un grand invité décrypte les enjeux de l’économie marocaine.